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Un CLCC confie aux paramédicaux la dermopigmentation mammaire post cancer

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Médecin

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L’Institut de Cancérologie de l’Ouest est un CLCC issu de la fusion des centres de Nantes et Angers. L’activité unique en cancérologie permet la prise en charge de plus de 12 857 patients (chiffre bilan 2020) par an, dont 4 191 femmes dans le cadre d’un cancer du sein. Parmi elles, certaines ont accès à un parcours de reconstruction mammaire. La dermopigmentation mammaire, l'une des étapes de ce parcours, a été confiée à des paramédicaux.

L’ICO a proposé la diversification des compétences paramédicales pour réaliser la dermopigmentation dans la continuité des soins proposés par l’établissement

Sur le site d’Angers, le tatouage du mamelon par dermopigmentation était une pratique exclusivement médicale assurée par un chirurgien dans la continuité de l’acte opératoire au bloc. Suite à une réflexion médico-soignante, un projet de transfert de cette compétence à des paramédicaux a été élaboré. La dermopigmentation est ainsi devenue une pratique paramédicale, réalisée en dehors du bloc, dans l’espace dédié à la socio-esthétique, sur un plateau de soins de supports et à distance de l’intervention chirurgicale. Cet article présente un regard a posteriori de la démarche-projet mise en œuvre sous l’égide de la CSIRMT pour implanter cette compétence dans les pratiques paramédicales de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO).

Pourquoi déplacer la dermopigmentation hors du bloc opératoire ?

La reconstruction du mamelon et de l’aréole est la dernière étape de la reconstruction après une mastectomie. Les équipes médico-soignantes ont estimé que le parcours de la reconstruction se situant après le cancer ne devait pas, d’une certaine façon, commencer au bloc opératoire pour un geste non invasif. En outre, il avait été observé une instabilité des pigments injectés en amont de la phase de cicatrisation. L’acte réalisé "à distance" de la reconstruction, permet à la personne de prendre part au choix de la forme et des couleurs de l’aréole (d’autant plus en cas de reconstruction bilatérale). Elle passe ainsi d’un acte subi à un acte choisi, mûri. Cet acte participe à la réappropriation de son corps. Généralement deux séances à 6-8 semaines de distance sont nécessaires afin d’assurer une bonne tenue des couleurs et un effet  d’ombrage suffisant. La dermopigmentation du mamelon a ainsi été conçue comme un geste intégré à la restauration des symboles de la femme durant une période dite "après cancer", accompagnée par des professionnels des soins de supports ou n’étant pas intervenus dans la période curative de la pathologie.

Pourquoi diversifier les qualifications pour la réalisation de la dermopigmentation ?

La dermopigmentation est une technique de tatouage ne relevant pas des compétences médicales ou paramédicales. C’est d’ailleurs une technique pratiquée couramment par des professionnels d’activités commerciales en dehors de toute structure sanitaire. Cet état de fait a conduit la Commission des Soins Infirmiers et de Rééducation Médico-Techniques (CSIRMT) de l’ICO à proposer la diversification des compétences paramédicales pour réaliser la dermopigmentation dans la continuité des soins proposés par l’établissement. Cette activité a été proposée aux infirmiers et manipulateurs en radiologie, deux métiers ayant les connaissances suffisantes des règles d’hygiène et des parcours de soins en cancérologie. Une sélection interne de candidats a été organisée et confiée à un jury composé d’un directeur des soins, d’un DRH, d’un cadre de santé et d’un chirurgien. La motivation pour ce process reposait sur la nécessité estimée que les paramédicaux exerçant la dermopigmentation puissent accompagner pleinement cet acte dans le parcours de reconstruction mammaire en situant le geste dans une approche systémique de l’après cancer. Des candidatures hommes et femmes ont été évaluées. Les personnes retenues sont formées en externe par le laboratoire produisant les pigments. Cela permet l’accès à une qualification sanctionnée d’un certificat pour la technique choisie. La réalisation de l’acte dans la structure médicale, en collaboration avec le chirurgien ayant réalisé la reconstruction, apparaît comme primordiale et rassurante pour les patient(e)s. C’est un gage de sécurité et de bonne prise en charge physique et morale.

Pourquoi avoir considérer la dermopigmentation comme un projet institutionnel ?

La dermopigmentation est un acte dans un parcours. Dans le même ordre d’idées, l’activité de reconstruction est une étape de l’offre de soins au sein de l’établissement. Le projet a été confié à la CSIRMT, porté par la direction des soins, pour offrir aux paramédicaux une nouvelle compétence et l’occasion d’un soin non curatif mais inscrit dans un accompagnement "après cancer". La CME a soutenu le transfert de cette activité du bloc opératoire aux soins de supports par des paramédicaux engagés ainsi dans une nouvelle relation soignante avec les patients.


Patricia KERLOCH, manipulatrice en radiothérapie

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