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Coordination en maisons de santé pluriprofessionnelles : qui fait quoi et pour quoi ?

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Médecin

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La fonction de coordination est un élément clé pour le bon fonctionnement des maisons de santé pluriprofessionnelles. Elle est assurée le plus souvent par des femmes dans le cadre de structures dirigées par un médecin homme. Elle est promue par les pouvoirs publics pour faire évoluer la médecine libérale vers une médecine plus socialisée.

Coordination en maisons de santé pluriprofessionnelles : qui fait quoi et pour quoi ?

Dans 80 % des cas, la coordination des MSP est assurée par des femmes. Recrutées par les équipes, elles répondent à trois profils professionnels : métiers du soin, métiers administratifs et autres.

Au cours d’un atelier des journées d’études en sociologie de mars 2019 François-Xavier Schweyer, professeur à l’EHESP (École des Hautes Études en Santé Publique) a présenté l’état actuel de son travail sur la coordination des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP). Depuis 3 ans, la coordination fait l’objet d’une formation à l’EHESP, qui a bénéficié à 402 personnes actuellement.

Dans 80 % des cas, la coordination des MSP est assurée par des femmes. Recrutées par les équipes, elles répondent à trois profils professionnels : métiers du soin (infirmières, podologues, diététiciennes…), métiers administratifs (secrétaires médicales, cadres de santé…) et autres. Pour ce dernier profil, il s’agit le plus souvent de femmes plus jeunes, plus diplômées, revendiquant la coordination comme un nouveau métier, mais avec beaucoup de précarité d’emploi, les modèles de financement n’étant pas encore fixés et pérennes, et souvent avec des conditions de travail difficiles (par exemple, pas de bureau dédié). Très investies dans leur métier, les coordinatrices ont en général un engagement bien supérieur à ce que prescrit leur fonction, mais peu reconnu financièrement.

La coordination porte sur trois domaines :

  • clinique, le moins investi, avec une fonction support plutôt que de gestion de parcours de soins ;
  • managérial, perçu par les autres membres de l’équipe comme le sale boulot, mais indispensable, notamment pour le montage financier des projets, et donc très reconnu ;
  • santé publique, consistant à monter des projets avec des partenaires territoriaux et répondant fréquemment à des projets financés par les ARS (Agences régionales de santé).

Dans les grosses équipes, les coordinatrices travaillent à plein temps, répartissant en moyenne leurs activités en 42 % de santé publique, 40 % de management et 18 % de gestion des parcours de soins. Dans les équipes plus petites, elles se spécialisent le plus souvent sur le management et la santé publique.

François-Xavier Schweyer a insisté sur le fait que les MSP répondent à un impératif politique, celui d’organiser la médecine libérale, la coordination étant une fonction essentielle. Leurs promoteurs sont des médecins en rupture avec le modèle libéral. Leur rôle de leader est central. Ce sont le plus souvent des hommes. L’exercice de la coordination dépend de la vision qu’ils en ont. Il y en a quatre types :

  • support aux médecins, dans une perspective très traditionnelle de l’organisation des soins ;
  • délégation de certaines tâches organisationnelles par le leader, avec des marges de manœuvre augmentées par rapport au type précédent ;
  • animation et organisation de l’équipe de soins ;
  • association au transfert des pratiques médicales vers les professionnels non-médecins.

Pour les coordinatrices, l’enjeu est donc de faire prendre conscience au leader qu’elles ne sont pas de simples femmes à tout faire et que la fonction de coordination n’a réellement de sens que si elle s’exerce en binôme. La discussion de la fiche de poste a ici une fonction pédagogique certaine…

Quel avenir pour les métiers de la coordination en MSP ? Pour François-Xavier Schweyer, les pouvoirs publics ont une vision médico-centrée dans laquelle ces métiers, et plus largement les MSP, encore très minoritaires, sont des outils pour faire évoluer les modèles cognitifs des médecins. En définitive, pour les pouvoirs publics, la coordination sert à transformer la médecine libérale en une médecine plus socialisée, plus structurée, avec des rémunérations renouvelées. Dans ce cadre, elle est amenée à s’étendre aux futures plateformes d’appui et aux communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Mais pour lui, c’est en quelque sorte mettre la charrue avant les bœufs : ce sont d’abord les modèles cognitifs qu’il faut faire bouger et pour cela, il faut avoir défini un mandat précis pour les soins de premier recours…

Communication présentée aux Journées d’études en sociologie Pratiques coopératives et participatives en santé, organisées par l’Association française de sociologie à l’Université Paris Nanterre, les 28 et 29 mars 2019.

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