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Embauché pour se faire tabasser ?

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Salaire médiocre, conditions de travail difficiles, heures supplémentaires impayées, repos supprimés… Outre des contraintes professionnelles insoutenables, faudrait-il en plus que les infirmiers supportent des agressions multiples  sans rien dire ? Certains le clament haut et fort : ils n'ont pas signé pour en chier, comme en témoignait récemment l'une d'entre-elles ici même. A lire les commentaires qui ont suivi, elle n'est pas seule, ici comme ailleurs...

scène de crime

Partout dans le monde, les violences envers les infirmiers augmentent en nombre et en gravité, pourtant « ils ont choisi d'être des soignants, pas des victimes ».

Il est des professions dont les risques sont reconnus et indéniables. Pas forcément celles auxquelles on penserait, puisqu'à en croire les experts, notamment ceux du Bureau américain des statistiques du travail (BLS), mieux vaut être policier (sauf au Mexique) que conducteur de bus au Guatemala, mineur en Chine ou chauffeur routier en Afrique. Pourtant, il y a un métier qui, sans nul doute, devrait figurer dans cette liste en raison de sa dangerosité mondialement constatée : celui d'infirmier...

J'ai fait le choix d'être une soignante, pas une victime
Chana, infirmière en unité cognitivo-comportementale (UCC)

Bonne qu'à « niquer » (ou à l'être) ?

Eté 2015. Une période bien funeste pour les infirmiers français qui ont multiplié coups durs et agressions dans leur service. Cas isolés ? Difficile de croire naïvement en cette théorie, surtout après un coup d’œil jeté dans la presse internationale...

Australie, décembre 2015. Deux infirmières sont frappées par un patient. Les coups sont d'une telle violence que l'une d'elles perd connaissance. Une situation devenue presque habituelle dans l’un des plus grands États australiens, les infirmières de quatre hôpitaux importants font état de dix-sept agressions en moyenne chaque semaine. En outre, les humiliations prennent de multiples formes, les soignants se faisant même uriner dessus.

New York, Février 2014. Evelyn Lynch, infirmière de 69 ans à l'hôpital Brookdale, entre dans la chambre d'un patient pour retirer son cathéter. L'homme de 40 ans la projette au sol avant de s'acharner sur elle en lui donnant de violents coups de pieds au visage et à la tête. Souffrant d'un traumatisme crânien et de sévères fractures au visage, elle est retrouvée dans un état critique. Malheureusement, nul besoin de partir bien loin pour faire acte d'une telle violence, puisqu'elle existe aussi chez nous. Dans l'impossibilité de donner un résultat d'examen, le parent d'un enfant admis aux urgences pédiatriques m'a lancé que je n'étais bonne qu'à « niquer ».

Sale négro, je te vois dans la rue, je te crève. Trisomique ! Je reviens ici, je te bute, grand con, grosse pédale...

Sale négro, je te vois dans la rue, je te crève !

Il y a quelques jours, une infirmière a témoigné de son quotidien aux urgences. Insultes, violence, humiliation… Une liste d'agressions jugée non exhaustive par certains patients, puisque le racisme vient « volontiers » s'y ajouter.

Juillet 2015, une équipe soignante prend en charge un homme de 35 ans admis dans un état comateux après avoir ingurgité des médicaments avec de l'alcool. L'un des infirmiers sera alors violemment pris pour cible : Sale négro, je te vois dans la rue, je te crève. Trisomique! Je reviens ici, je te bute, grand con, grosse pédale.... Cette violence récurrente est constatée au-delà des services d'urgences ou de psychiatrie. En maison de retraite, on se fait insulter, taper, pincer, mordre, griffer, dénigrer, mépriser (…) Et c'est quotidien ! Aujourd'hui, les soignants exercent dans l'insécurité en partie parce qu'ils se sentent mal protégés…

S’il est un sentiment qui ne me quitte jamais lorsque j’entre seule dans la maison d’un nouveau patient, c’est la petite peur, peut être irrationnelle, de ne jamais réussir à en sortir
C'est l'infirmière

Où est la direction ?

Outre les différentes formes d'agressions dont sont victimes les infirmiers, il est une chose peut-être bien pire à leurs yeux : le sentiment d'avoir été embauchés pour se faire tabasser. Quand on se décide enfin à porter plainte, la direction, le cul derrière le bureau, « oublie » de se porter partie civil ! Ensuite, un cadre ose venir vous dire que vous êtes là pour encaisser sans rien dire !, témoigne David. Mais finalement, comment obtenir des patients qu'il soient bienveillants envers les soignants si leur hiérarchie elle-même les maltraite ? Ben oui... C'est de notre faute!!! On parle « patient, empathie, qualité des soins... On nous répond « argent, rendement, argent rendement »... (...) Si on se comportait avec les patients comme les directions des hôpitaux se comportent avec nous, nous serions virés ! juge Fabrice. Enfin, en l'absence de conséquences systématiques en réponse aux agressions des soignants, une population ne finit-elle pas par s'octroyer des droits qu'elle finit par juger légitime ? Dans d'autres pays, dès qu'on parle mal au personnel soignant, la police est prévenue et se déplace. Il y a des conséquences pour l'agresseur. En France, on nous propose des groupes de parole qui ont pour thème « Comment gérer son stress face à une personne agressive ?, s'insurge Fadila. Peut-être est-il plus que temps de prendre soin de nos soignants ou, comme le suggère l'un d'entre-eux, de leur accorder un statut semblable à celui des représentants de l'ordre public qui ferait que des poursuites seraient immédiatemment engagées en cas d'agressions physiques ou verbales. Peut-être qu'alors, ils se sentiraient (enfin) épaulés.

Pour beaucoup,  nous n'avons rien à dire ! Nous avons signé pour en chier, pour qu'on nous crache à la figure !
Hélène, infirmière

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Gwen HIGHT  Journaliste Infirmiers.comgwenaelle.hight@infirmiers.com@gwenhight

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Commentaires (9)

Allo?_pital_?

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#9

Les nouvelles générations provoqueront le point de rupture

L’effet pervers que la hiérarchie et les politiques ne voient pas arriver de ces nouvelles générations qui arrivent sur le marché du travail... c’est qu’ils s’en foutent... (et quelques part ils ont bien raison ) et quelque part il arrivera bien un moment, un point de rupture !!

Fini l'IDE docile, serviable qui part bien après son heure pour terminer le boulot... Maintenant c'est avant tout : MA GUEULE, MON PLANNING, MES CONGES, et arrêts maladie quand je suis contrariée... et le formidable C'EST PAS MON SECTEUR, l'HEURE c'est l'HEURE...

La hiérarchie a mangé son pain Blanc...

Allo?_pital_?

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#8

Métier de M... Non, pas pour moi !

J'en entends beaucoups qui râlent, pleurent, pêtent un plomb... mais quand y faut bouger... pas grand monde... où sont les collègues ? La solidarité ? Pourquoi tant de collègues baissent la tête, ferme les yeux quand une collègue est en difficulté ?

Nous sommes la « Masse », cela induit que nous sommes les plus nombreux, unis, a nous seul on peut faire plier toute la hiérarchie et le gouvernement. REVEILLEZ VOUS !!
Nous pouvons faire dérailler la machine, exiger un autre mode de fonctionnement, exiger le respect et la reconnaissance, sans nous l’hôpital ne fonctionne pas !!

Je suis IDE depuis 15 ans et j’ai bougé dans le secteur public et dans le secteur privé... depuis peu je me suis engagé dans un syndicat... Je constate à quel point il est difficile de réveillez les collègues, leur sortir la tête du guidon, solidariser les gens, les sortir de leur individualisme...
Les personnes ne bougent que lorsqu’on s’en prend à leur portefeuille ou que le problème les concerne directement, sinon ils se foutent de savoir si la secrétaire est maltraité, l’interne en burn-out, l’ASH humiliée... chacun s’étonne ensuite quand ça leur tombe dessus que personne ne bouge pour eux...

Pas grand monde pour participer aux syndicats, pas beaucoup de remerciement quand ont obtient une avancée, mais ont sait bien nous tomber dessus quand on y arrive pas... Les syndicats ce n’est pas non plus un « Fast-food », on n’y va pas que quand on en a besoin et qu’on n’a pas trouvé d’autre solution...
Ca prend beaucoup de temps (surtout personnel) et de l’énergie... Je suis délégué du personnel et je me « BOUGE » avec quelques autres collègues, nous ne comptons pas faire carrière dans le syndicalisme, mais faut avouer qu’on a l’impression de se battre bien seuls... quand on se plait pas a nous mettre des bâtons dans les roues...

Ce qui nous étouffe c’est le « chacun pour soi » et « l’individualisme » ...

WUCAN

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#7

Métier de m... (suite et fin)

Et finalement, c'est vrai, faites le boulot tant que vous pouvez et si un jour vous n'en pouvez plus, faites autre chose ! De telle sorte que, manquant d'infirmières, le gouvernement augmente les quottas en abaissant le niveau de recrutement et finalement, les infirmières sont de plus en plus "sous-développées", malgré leur formation et il est de plus en plus facile de les manipuler et de les soumettre. Voilà où on en est ! Ils sont bientôt réussi leur coup ! Je pense d'ailleurs qu'on peut aussi dire merci aux médecins qui ne souhaitent pas voir la profession d'individualiser et sortir de leur coupe. Perso, je fais tout pour me sortir de ce métier de m..., que j'ai adoré mais qui ne correspond plus du tout à ce pour quoi je l'ai choisi et j'ai aimé, quand cela était possible, le faire.

WUCAN

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#6

Métier de m... (suite)

L'infirmière est une bonniche, une femme de ménage améliorée, on peut tout lui demander même si elle est débordée et elle doit s'exécuter avec le sourire et en étant agréable s'il vous plait ! Cela fait partie du métier, c'est tout.
D'ailleurs peut-être serait-il temps de s'insurger contre l'idée qui a sous-tendu la réforme des études, selon laquelle, dès lors, l'infirmière était reconnue comme BAC + 3 pour avoir la possibilité de poursuivre ensuite jusqu'au doctorat, qui n'existe pas et s'il existe un jour, il ne sera jamais reconnu salarialement ! C'est totalement faux, le diplôme d'infirmière est reconnu Niveau bac +3, ce qui n'est pas du tout pareil, il faut, comme avant faire une année de licence avant de prétendre entrer en master de quelque chose... C'est pour mieux faire passer la pilule de l'exploitation outrancière qui est faite d'elle dans les hôpitaux...
En outre, on essaie de nous faire croire qu'une infirmière doit réfléchir mais sur le terrain, ce qui est attendu d'elle, c'est qu'elle la ferme et qu'elle exécute. Et surtout, s'il y a un problème, il faut qu'elle se remette en question sur ses pratiques et qu'elle réfléchisse à comment elle pourrait faire pour s'améliorer... La belle affaire, en formatant les nouveaux diplômés à s'auto-flageller, ils ont la certitude que l'organisation ne sera plus remise en question et qu'ils pourront continuer à maltraiter les soignants... Qui en redemandent en plus ! C'est bien connu ! Les infirmières aiment souffrir pour apporter du bien ou du mieux-être à leurs patients ! Tant qu'on en sera là en formation et bien on récoltera la même chose sur le terrain !

WUCAN

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#5

C'est un métier "de merde" c'est tout

Comme vous avez pu le constater, la société se délite et la multiplication d'agressions et autres incivilités ne sont pas limitées aux hôpitaux, mais elles se diffusent partout.... Et cela commence dès l'école, où les enseignants sont agressés dès la maternelle parfois, par des parents qui estiment que leur progéniture doit avoir un régime de faveur... L'accès à la violence sur internet, via les films et autres jeux vidéo fait que tout le monde se croit tout permis et qu'il n'y a plus le respect de rien. Le peuple ne craint plus l'autorité, il n'y a plus de discipline, de civisme, de savoir-vivre ! Et les soignants en font les frais comme les autres, d'autant plus qu'ils sont sensés répondre aux besoins et attentes des personnes en prenant sur eux s'il le faut. La malheureuse diffusion de l'obligation de respect des droits des patients s'est faite sans pour autant qu'il y ait l'obligation non moins utile et indispensable des devoirs qui vont avec. Tout le monde a des droits et plus personne n'a de devoir, excepté ceux, qui ont choisi, forcément, d'en chier !
Dans les soins généraux, c'est un fait indéniable, en psychiatrie, c'est encore plus subtil, il devient "inapproprié" de contraindre un patient de respecter le règlement et le personnel, il faut "leur parler gentiment" et "les laisser faire ce qu'il veulent" pour éviter de les énerver et de s'en prendre un dans la figure... Voilà où nous allons dans le secteur de la santé en particulier et où nous allons en France et même en Europe de manière générale, il faut mieux fermer sa gueule et se laisser enculer ! Pauvres migrants qu'il faut accueillir au nom des droits de l'Homme alors que la plupart sont des hommes forts en état de combattre dans leur pays et sont en fait des terroristes en puissance... Et bien dans les hôpitaux c'est pareil, on doit soigner tout le monde avec la même conscience professionnelle, se plier à toutes leurs demandes même si elles ne relèvent en rien de soins.

Sancho

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#4

Réaliste

Réaliste et donc tous responsables.

Un salarié ne perd jamais sa responsabilité individuelle ou alors c'est bien triste.

La hiérarchie engage une responsabilité collective.

Une responsabilité individuelle c'est bien, une responsabilité collective c'est mieux pour faire avancer les choses.

coe2

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#3

soyons réaliste !

Bien beau de rappeler les art. du Code Pénal, mais, en tant que professionnels, quelle que soit la structure, nous sommes soignants salariés, donc, forcément à la solde d' un supérieur hiérarchique qui fait bien ce qu'il veut avec le code pénal !!
Actuellement, c'est le "laisser faire", le "pas de vague", et çà, que ce soit dans l'hospitalier ou autre structure (allez voir à l'E.N., c'est pas mal aussi !!)
Que font l'ONI et les divers syndicats pour défendre la profession, à part nous seriner de déposer plainte, sachant que cela ne mène à rien ?
¨Je pars du principe que chaque fois que je me fais insulter, c'est la profession qui est insultée (je ne fais que représenter la dite profession !). Alors, qu'attend la "suprématie" (cadre santé, direction, ministère, représentants syndicaux, ordre infirmier) pour faire face à leur responsabilité et sauver la profession dont ils sont les représentants ? Car, quand un(e) infirmier(e) est taxé(e) de "connasse", "salope", et j'en passe, c'est aussi eux que l'on insulte....
"Imagine" de J. LENNON .... qu'il n'y est plus de soignants dans le pays ???????????????
Il fut un temps où nous étions plus soutenus, c'était il y a longtemps !! Bon courage à vous !!

Sancho

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#2

Changer de statut ...

Article 433-3 du Code pénal :

"Est punie de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende la menace de commettre un crime ou un délit contre les personnes ou les biens proférée à l'encontre (...) d'un professionnel de santé, dans l'exercice de ses fonctions, lorsque la qualité de la victime est apparente ou connue de l'auteur.

Les mêmes peines sont applicables en cas de menace proférée à l'encontre du conjoint, des ascendants ou des descendants en ligne directe (...) de toute autre personne vivant habituellement à leur domicile, en raison des fonctions exercées par ces personnes.

La peine est portée à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende lorsqu'il s'agit d'une menace de mort ou d'une menace d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes(...)."

La loi nous protège, après c'est a nous et aux équipes d'encadrement de réagir avec les instances qui sont a notre disposition :
Ordre professionnel / Syndicats / Associations / ...

Pour plus d'informations :
http://www.ordre-infirmiers.fr/les-infirmiers/Declarer-un-incident.html

tiote62750

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#1

que fait la DRH

j'ai déjà porté plainte pour agression, j'ai eu gain de cause, indemnisation de 400 euros, mais je n'ai jamais touché cet argent.
Deuxième problème le burn out, cela a été violent pour moi, suite à une agression verbale d'un accompagnant, je suis convoquée de suite à la DRH, comme au tribunal 5 personnes qui me demande de me justifier, en 36 ans de carrière cela fait du mal d'être convoquée pour ça, j'ai très mal réagi, TA, mon cadre ne c'est même pas aperçu de mon absence. Je suis en arrêt depuis 1 an 1/2, et je regrette de n'avoir pas porté plainte. Dans un Centre hospitalier, seule les syndicats agissent, mais je ne me suis jamais syndiqué, j'adore mon travail actuel, mes collègues, mais mon cadre je lui en veut énormément, pas d'aide de sa part, je ne sais pas quoi faire. Je suis aide-soignante à l'accueil des urgences en poste aménagé pour maladie professionnelle, et ce poste n'est pas considéré et j'ai honte quand les patients arrivent et sont accueillis dans des conditions lamentables manque de moyen ( brancards, chaise roulantes, pansements) et surtout un manque de personnel, je suis prêt de la retraite mais je veux finir ma carrière en travaillant. Peut-on avoir une aide autre que les syndicats ou les membres de la DRH merci pour une réponse