CADRE

annales cadres paris 2006 1

La responsabilité du cadre de santé, une question éthique ?

Issu du latin respondere qui signifie répondre, le terme de responsabilité est devenu aujourd'hui particulièrement polysémique. A titre d'exemple, le philosophe Ruwen Ogien, dans son dernier livre La panique morale, énumère six sens possibles (Cf. encadré ci dessous). Nous considérons la responsabilité essentiellement comme un principe d'action qui nous engage vis-à-vis de nous même et d'autrui. Ainsi, celui qui ne se soucierait que de ses (bonnes) intentions se moquant de leurs résultats, peut être taxé d'irresponsable. A contrario, celui qui agit au gré des évènements, sans conviction ou par pure opportunité, ne peut être considéré comme un homme moral. Autrement dit, la personne véritablement responsable doit toujours avoir à l'esprit, non seulement le principe moral de ses actions, mais aussi les conséquences proches ou lointaines que celles-ci pourraient induire. L'idée de responsabilité sous-entend donc deux processus indissociables : l'attribution d'un acte à son auteur et la qualification morale de cet acte. Paul Ricoeur y voit l'effort de rendre dompte parce qu'un autre compte sur nous.

L'homme n'est au fond réellement libre que pour autant qu'il assume les conséquences de son action. La responsabilité se conçoit comme la contrepartie de la liberté humaine. Comme l'écrivait René Descartes, « il n'y a que les seules actions qui dépendent du libre arbitre, pour lesquelles nous puissions avec raison être loués ou blâmés ». En ce sens, être responsable, répondre de ses actions, n'est-ce pas aussi accepter d'avoir des comptes à rendre ? Selon Vladimir Jankélévitch, si la responsabilité demande du courage, c'est bien parce qu'elle nous place à la pointe extrême de la décision agissante. Par sa position même, le cadre se doit d'assumer des responsabilités qui dépassent sa personne. Si, en tant qu'individu, il peut avoir des convictions personnelles, morales, religieuses, politiques, en tant que cadre, il est amené parfois à agir en fonction d'intérêts collectifs qui peuvent le conduire à fonder différemment la décision. La question est alors de définir ces intérêts collectifs que les cadres de santé sont amenés, dans leur fonction, à assumer au quotidien. A mon sens, ils sont de deux ordres. Le premier touche à l'engagement professionnel de soignant et aux valeurs qui s'y rapportent. Le deuxième se réfère aux exigences du service public et aux grands principes qui s'y rattachent.

La responsabilité professionnelle comme éthique soignante

Dans l'espace professionnel, la responsabilité est de nature particulière car elle se réfère à la fois à des règles formalisées et à des valeurs. Les métiers du soin se sont, au fil du temps, de plus en plus spécialisés, des normes professionnelles se sont ainsi constituées. Elles régissent les pratiques et fixent les responsabilités de chacun. Ce processus normatif, à l'origine des différentes déontologies professionnelles, produit des droits et des devoirs qui...

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