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"Les dossiers avancent et parfois reculent... mais il faut y croire !"

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Pratique avancée

A l'occasion de la 35e édition des Journées nationales d'étude et de perfectionnement de l'Union nationale des associations d'infirmier(e)s de bloc opératoire diplômé(e)s d'Etat qui se tenaient du 15 au 17 mai à Paris, au Palais des Congrès, nous avons rencontré Brigitte Ludwig, présidente de l'Unaibode. Une question nous occupe : en 2018, quelles avancées pour les Ibode ? Elle a dressé pour nous quelques éléments de réponse.

Brigitte Ludwig présidente Unaibode

Pour Brigitte Ludwig, présidente de l'Unaibode, "même si les gouvernements changent, les problématiques et attentes demeurent, les dossiers avancent et parfois même reculent... mais il faut y croire !"

Chaque année, les Journées nationales d'étude et de perfectionnement (JNEP) de l'Unaibode, sont l'occasion pour les infirmier(e)s de bloc de se retrouver, d'échanger, de faire le point sur l'actualité de leur spécialité et d'en mesurer - ou pas - les avancées. Pour Brigitte Ludwig, présidente de l'Unaibode, ces journées d’études donnent la possibilité à notre profession de grandir, de se crédibiliser et de préparer l’avenir. Et en parlant d'avenir, les sujets spécifiques à l'exercice des Ibode sont là et toujours là.

Il y a un an, explique Brigitte Ludwig, à l'occasion de nos JNEP, j’exprimais combien chaque victoire se construit dans la difficulté. Cette victoire est bien évidemment celle des actes exclusifs acquise en janvier 2015, valorisant le diplôme Ibode et les compétences associées. Mais depuis, la question de l'application de ce décret reste posée puisque seul la moitié des actes exclusifs est actée car, en décembre dernier, la DGOS publiait le report de 18 mois de l’application de la partie 1b du décret (pour mémoire uniquement aide à l’aspiration, à l’hémostase et à l’exposition). Alors, victoire, défaite, match nul ? Les négociations sont toujours en cours. L’Unaibode avait à l'époque déploré ce report, le considérant cependant par ailleurs comme la moins mauvaise des solutions et restant plus que jamais mobilisée pour défendre la spécialisation Ibode et la qualité des soins. Nous demandons aujourd'hui de réelles mesures, des mesures transitoires, pour former davantage d’Ibode et permettre l’application pleine et entière du texte. A terme, nous aspirons à vivre l’exclusivité Ibode dans les blocs, poursuit la présidente de l'Unaibode, celle qui garantit vraiment la qualité des actes et la sécurité des patients. Reste à savoir si la question de la formation des Ibode est pour le ministère des Solidarités et de la Santé une véritable ambition en cohérence avec la réalité des besoins exigés dans les blocs... 

Concernant cette perspective souhaitée de l'exclusivité, il semble que l'on soit encore bien loin du compte même si, comme le souligne Brigitte Ludwig, les actes exclusifs ont boosté les entrées en formation. Si en 2015, la plupart des écoles (23) étaient déficitaires en étudiants, depuis, les volontés à entreprendre la formation Ibode se sont largement accrues avec plus de diplômés chaque année. La voie de la VAE (validation des acquis de l'expérience) est également une possibilité pour accéder au titre d'Ibode mais avec peu de candidats car c'est un parcours difficile qui suppose une forte motivation du candidat qui doit fournir un gros travail personnel tout en menant de front sa vie professionnelle. Autre réalité exprimée à demi-mots, certains établissements préféreraient proposer la formation Ibode en VAE à leurs infirmier(e)s de bloc plutôt que de les voir partir en formation 18 mois et devoir les remplacer... Quant aux difficultés du terrain, elles n'aident en rien : plannings compliqués, conditions de travail difficiles, sous-effectifs... 

De ce point de vue, le Syndicat national des infirmier(e)s de bloc (Snibo) a réalisé une consultation nationale auprès des Ibode en début d'année 2018 afin "de prendre leur pouls". Une bonne nouvelle d'emblée : les Ibode aiment leur métier et 74.7% d'entre eux sont formés aux actes exclusifs mais... 82% vivent une tension quotidienne au travail, 58% sont stressés au travail, 66% ne sont pas satisfaits du mode de management de leur service, 55% trouvent leurs conditions de travail insatisfaisantes et 50% ne disposent pas de suffisamment de matériel pour travailler en sécurité. 

Voulons-nous le master ? Voulons-nous la pleine et entière application des actes exclusifs ? Souhaitons-nous favoriser voire obliger l’accès à la formation ? La pratique avancée pour les Ibode n’est-elle pas une evidence ?

Autre sujet qui occupe Brigitte Ludwig, celui de l'exercice en pratique avancée. On l'a constaté ces dernières semaines à l'approche de la publication des textes réglementant cet exercice, le consensus n'est pas de rigueur et les réactions épidermiques des uns et des autres, tant des infirmiers eux-même que des médecins, n'ont cessés de s'exprimer. Trois mots sont revenus : déception, colère, incompréhension, voire un quatrième : refus... Le 16 mai dernier, le projet de décret et articles associés étaient présentés au Haut Comité des Professions Paramédicales (HCPP) et, de source sûre, le texte reste déceptif. L'ordre national des infirmiers  s'est d'ailleurs exprimé dans la foulée par la voix de son président Patrick Chamboredon : Pratique avancée infirmière : l'amélioration de la prise en charge des patients mérite mieux Il y a surtout à marquer solennellement notre opposition à une vision rétrograde, passéiste et pusillanime de notre système de santé. Pour Brigitte Ludwig, l'exercice infirmier en pratique avancée reste une voie intéressante pour les Ibode, même si, pour le moment, les spécialités infirmières ne sont pas concernées par le projet de décret. Nous ne pouvons qu'en être déçus et pour la spécialité Ibode, la pratique avancée est en quelque sorte un "match dans le match" ! Nous pensons que le gouvernement dessine un nouvel exercice de façon peu ambitieuse, sans concertation et sans vision globale. De mon point de vue, cela pourrait pourtant avoir du sens pour les Ibode, au-delà des actes exclusifs, notamment en terme de parcours patient : consultation pré-opératoire, analyse et vérification des éléments du dossier... mais aussi face au fort développement de l'ambulatoire où les besoins des patients sont accrus en post-opératoire et où, là encore la place et les compétences de l'Ibode seraient une valeur-ajoutée pour garantir la sécurité des parcours opératoires.

Le gouvernement dessine une pratique avancée peu ambitieuse et en exclut les spécialités, nous sommes forcément déçus...

Reste le dernier dossier, celui de la réingénierie de la formation avec, à la clé, la masterisation du diplôme Ibode. Brigitte Ludwig le souligne, les gouvernements changent et les problématiques restent car nous travaillons déjà de longue date avec la DGOS sur ce sujet. Alors que tout doit être bouclé à la rentrée 2018, que les écoles sont mobilisées, réorganisées pour un modèle universitaire, que les référentiels ont été revus avec 120 ECTS, que la formation est actée par compétences... nous sommes à l'arrêt. Quand à savoir si nous allons parvenir à obtenir le grade master comme nos collègues Iade, rien de moins sûr ! 

Face à tous ces dossiers en devenir, Brigitte Ludwig, pugnace présidente de l'Unaibode, continue le combat. Son message est le suivant : utilisons tous les moyens et outils qui nous sont donnés pour mener à bien nos objectifs. Car seule la victoire est belle. Lorsqu'on parle de leadership infirmier, on ne peut qu'adhérer à la démarche. Que nos souhaits de réussite l'accompagnent. Les 36e JNEP, les 15, 16 et 17 mai 2019, à Toulouse, intitulée "L'odyssée de l'Ibode" nous permettront peut-être de le constater... enfin.

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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