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Réforme des retraites : "les infirmiers libéraux ne sont pas des nantis"

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Conseils emploi

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Peggy est infirmière libérale. Elle prend soin de ses patients 365 jours par an, comme l'ensemble de ses consoeurs et confrères. Elle est infirmière libérale et travaille plus de 80 heures par semaine. Par ce billet, publié sur sa page Facebook, elle nous explique pourquoi elle est aujourd'hui dans la rue pour s'opposer à la réforme des retraites...

manifestation retraite IDEL Peggy

Le projet Delevoye méprise complètement le fait, que s'il est voté, la mort de nombreux cabinets libéraux ne pouvant pas faire face à cette augmentation de charges massive, est programmée.

Je suis infirmière libérale... J'ai créé mon cabinet seule il y a quatorze ans comme des centaines de confrères et de consoeurs avec ce que cela comporte de sacrifices, de risques, de désillusions, d'angoisses, de fatigue, mais aussi d'accomplissement personnel, de choix de vie, d'accompagnement personnalisé, de joies et de profonds chagrins, d'espoirs, de coups de blues, de réconfort et de doutes.

Je suis infirmière libérale... J'ai créé mon cabinet il y a quatorze ans et j'ai soigné des milliers de patients. J'en ai vu mourir quelques dizaines que je n'oublierai jamais et que je porte dans mon exercice chaque jour et de nombreuses nuits. Je me projète souvent en me disant : "Et ce sera moi ? Qui sera là pour moi ? Qui m'accompagnera avec empathie, humanité et professionnalisme ? Qui sera présent pour moi ? Vraiment, sincèrement avec humanité".

Je suis infirmière libérale... Je prends soin de chacun de mes patients 365 jours an, dimanche et jours fériés inclus depuis de nombreuses années. Je travaille plus de douze heures par jour, j'écoute la douleur et souvent la mIsère du monde .

Je suis infirmière libérale... Parfois je rentre le soir chez moi, en me disant que je ne pourrais pas retourner sur le champs de bataille le lendemain. Trop de fatigue mais surtout plus la force d'affronter la mort, l'angoisse des aidants naturels, la pénibilité du travail, la déchéance du corps, le désespoir des proches mais aussi le déni de la réalité, l'ironie des HAD, le pilage des SSIAD, la suspicion des caisses, l'annonce des suicides en chaînes et les agressions multiples méprisés par les gouvernements successifs.

Je suis infirmière libérale et je ne suis pas riche... Je ne correspond pas à l'image d'Epinal du libéral riche qui travaille peu et qui gagne beaucoup. Je travaille plus de 80 heures par semaine, mes honoraires sont conventionnés et ne suivent pas l'inflation de la vie quotidienne. Pour exemple: une injection est payée 4,50 euros brut soit 2,30 net, une prise de sang, 8,58 soit 4,28 net, un pansement 6, 08 euros brut soit 3 euros net. Le déplacement aller retour est dédommagé 2,50 euros brut, je n'ose pas vous dire le net. Les infirmiers libéraux ne sont pas nantis, et si nous devions calculer le taux horaire des honoraires conventionnés, personne ne se lancerait dans ce type de carrière puisque le niveau des charges avoisine les 48% !

Est-ce le modèle de soins que la France désire offrir à nos ainés ? Et enfin, après une vie consacrée à prendre soin des autres, est-ce réellement le niveau de de retraite que notre gouvernement souhaite offrir aux soignants après une vie de dur labeur ?

Ecouter Peggy, ce matin sur LCI

H2 -Vers la mort de nombreux cabinets libéraux...

Alors pourquoi le projet Delevoye « Les libéraux vont-ils travailler jusqu'à 75 ans ? » : la mise en garde de l'Unapl sur la réforme des retraitesenvisage t-il de doubler le niveau de cotisation obligatoire de notre organisme de retraite, prélèvement déjà exorbitant dans notre mode d'exercice actuellement à 14% à 28% du bénéfice durement acquis ? Pour uniformiser le niveau des retraites et renflouer les caisses de l'Etat car notre caisse est bénéficiare mais autonome ? Le projet Delevoye méprise complètement le fait, que s'il est voté, la mort de nombreux cabinets libéraux ne pouvant pas faire face à cette augmentation de charges massive, est programmée. A noter que cette majoration n'aura quasiment aucune incidence sur les rentes versées à terme que nous ne pourrons pas même calculer puisque la valeur du point de retraite sera flottante c'est-à-dire inconnue à l'avance. Les nombreuses fermetures entraîneront une aggravation de la carence d'offre médicale et paramédicale dans les déserts médicaux, et sera responsable d' une dégradation massive des soins car les cabinets qui résisteront ne pourront pas faire face à la demande en sus. Par ailleurs, les horaires de nos professions sont conventionnés par l'Etat donc immuables en soi. Certains professionnels se "déconventionneront" donc, ce qui impliquera un non remboursement des soins pratiqués. Résultat : seuls les plus riches pourront se soigner.

Est-ce réellement la solution idéale ? Est-ce le modèle de soins que la France désire offrir à nos ainés ? Et enfin après une vie consacrée à prendre soin des autres, est-ce réellement le niveau de de retraite que notre gouvernement souhaite offrir aux soignants après une vie de dur labeur ? Je vous en prie, osez dire non et descendre dans la rue le 16 septembre 2019 pour manifester votre opposition au plan Delevoye, pour vous et pour nous. Rendez vous 13h place de l'Opéra !

Ce billet "Lettre ouverte" a été adressé par Peggy le 16 septembre 2019 à Mesdames les députées et Messieurs les députés de la République Française.

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Commentaires (2)

jp19fr

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1 commentaires

#2

Quel exemple

Je suis infirmier libéral moi même. Je ne me retrouve absolument pas dans cet exemple galvaudé je trouve, et qui n’est plus représentatif de l’activité des cabinets infirmiers d’aujourd’hui. Si quand j’ai débuté fin des années 80, les inf n’étaient pas organisées en groupe, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La plupart des inf travaillent à plusieurs ou, si elles sont seules, font appel à une collaboratrice. On peut se demander où est la qualité des soins dans ces conditions qui frise le burn out. Pour le reste je suis en accord total sur l'iniquité de la réforme qui, j’espère, ne passera pas. Si c’était le cas, certains cabinets devront lettre la clé sous la porte !

SAMY22

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3 commentaires

#1

Bien, bien, mais dans tout çà??

D'un point de vue philosophique et strictement personnel dans mon questionnement concernant ce lieu commun, interprétez-le comme d'ailleurs très subjectif en ce qui me concerne (interrogation sans jugement bien entendu, cela n'engage que moi!!) : ne pensez-vous pas que travailler tant d'heures (ce qui est à votre honneur bien entendu si cela intervient dans l'esprit de cohésion au pur profit de la condition ontologique et non pécuniaire) ne serait-ce pas faire la part belle à une forme de moralité esclavagiste ou d'esclavagisme moral ? Il est question ici de 80 heures et plus, permettez-moi de vous poser les questions suivantes: Où ou comment trouver vous votre retour sur un tel investissement ? Et de quelle manière le mesurez-vous ? et à quoi ?Nietzsche nous faisait savoir déjà en son temps : "celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui même est un esclave, qu'il soit d'ailleurs ce qu'il veut: politique marchand, fonctionnaire, érudit" mis en formule aphoristique dans une temporalité passée, cela vaut ce que çà vaut, certes, mais cela reste à mon sens un axe cardinal dans le domaine d'une réflexion possible dans l'actuel et le factuel.Merci pour vos messages à venir.