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Moins d’un million de décès liés au SIDA en 2017 mais…

Alors que la 22ème Conférence internationale sur le SIDA vient de se dérouler à Amsterdam, le rapport de l’ONUSIDA montre que malgré les progrès accomplis, cela reste insuffisant. En effet, les décès liés à l’infection diminuent mais pas assez vite pour atteindre les objectifs 2020. Les populations clés demeurent les principales touchées et n’ont pas toujours accès aux services dont elles ont besoin.

HIV

Si les nouvelles infections aux VIH ont diminué de 18% dans les sept dernières années elles sont en hausse dans une cinquantaine de pays.

La riposte mondiale contre le VIH se trouve dans une situation préoccupante. C’est ce que démontre le rapport d’ONUSIDA intitulé « Miles to go » présenté le 18 juillet dernier. Ainsi, si l’on constate des améliorations, elles ne sont pas à la hauteur des ambitions 2020 (90% des personnes séropositives qui connaissent leur statut sérologique, 90% des personnes dépistées sous traitements antirétroviraux et 90% des personnes traitées avec une charge virale supprimée durablement). Pour Stéphanie Seydoux, ambassadrice française des questions de santé mondiale, à 2 ans de l'échéance, ce rapport constitue une interpellation à l'adresse de l'ensemble des acteurs de la communauté internationale. Le combat est loin d'être terminé. Pire, un groupe d’expert a publié un article dans la revue the Lancet évoquant la crainte d’un possible « retour de l’épidémie » d’après les dernières données épidémiologiques.

Une crise de la prévention ?

Si pour le directeur exécutif d’ONUSIDA, Michel Sidibé, de grands efforts ont été accomplis car, pour la première fois en 2016, moins d'1 million de personnes ont perdu la vie suite à l’infection, l’enjeu reste de taille. Les investissements sont en baisse : on constate malheureusement un déficit de 20% sur les financements. Or, une diminution de 20% des aides forcerait le Mozambique a doublé son budget de la santé pour permettre de lutter contre le VIH.

En parallèle, les nouvelles infections sont en augmentation dans une cinquantaine de pays. Par ailleurs, à l’échelle mondiale, on note une baisse insuffisante de 18% ces sept dernières années, passant de 2,2 millions en 2010 à 1,8 millions en 2017. On est donc encore loin des moins de 500 000 infections espérées à l’horizon 2020.

Point positif, le pourcentage de nouvelles infections a diminué plus rapidement dans les zones les plus touchées par le virus, c’est-à-dire l’Afrique orientale et australe où on constate une baisse de 30% depuis 2010. En revanche, en Europe de l’Est et en Asie centrale, le nombre d’infections rapportées par an a doublé et a grimpé de plus d’un quart ces 20 dernières années en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

En outre, Michel Sidibé évoque une crise de la prévention. Les programmes en place ne parviennent pas à atteindre ce que l’on nomme les populations clés, que ce soit les hommes ayant des rapports avec les hommes, les consommateurs de drogues, les travailleuses du sexe ou les migrants... Ces personnes sont difficilement accessibles notamment à cause de mauvaises lois stigmatisantes, ce qui demeure un problème important de façon stratégique.

Plus précisément, les personnes comptant parmi ces populations ainsi que leur partenaire représentent 47% des nouvelles infections au VIH au niveau mondial et pas moins de 97% rien qu’en Europe de l’Est et en Asie centrale. La Russie est le troisième pays avec le nombre de nouvelles infections le plus élevé juste après l’Afrique du Sud et le Nigéria, informe le directeur exécutif d’ONUSIDA. De même, la moitié des travailleurs du sexe au Lesotho, au Malawi, en Afrique du Sud ou au Zimbabwe sont séropositifs, d’où l’importance de la Prep. On estime que le risque de contracter le VIH est 13 fois supérieur dans cette population, 27 fois plus élevé pour les hommes ayant des rapports avec les hommes (HSH), 23 fois plus élevé chez les usagers de drogues injectables, et 12 fois en ce qui concerne les femmes transgenres.

En finir avec l’épidémie de sida d’ici à 2030... le souhait d'ONUSIDA... 

Expansion des traitements : des avancées conséquentes mais rien n’est acquis

Progrès toutefois conséquent, le déploiement des thérapies d’antirétroviraux a permis de significativement réduire les décès associés à la maladie. Avec 940 000 morts, c’est le nombre de décès recensé le plus bas au cours de ce siècle. De plus, en un an seulement, 2,3 millions de personnes supplémentaires ont eu l’accès au traitement. Il s’agit de l’augmentation annuelle la plus remarquable à ce jour, qui porte le nombre total de personnes dépistées sous traitement à 21,7 millions. D’après les chiffres, 60% des 36,9 millions de personnes séropositives sont sous traitements en 2017. Si c’est un succès considérable, on est, encore une fois, encore loin des objectifs fixés (30 millions de personnes sous traitement), tous les indices indiquant que le taux d’expansion ralentit.

D’autre part, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale reste à la traîne. Le Nigéria concentre plus de la moitié de la charge de morbidité due au VIH dans la région. Les nouvelles infections n’ont diminué que de 5% en 7 ans et seulement une personne dépistée sur trois a accès au traitement.

Avec 4,2 milliards d’euros depuis 2002, la France est le second contributeur au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui permet à 11 millions de personnes d’accéder à des traitements contre le VIH/sida dans le monde. Ecouter Agnès Buzyn

Les enfants encore trop touchés !

En ce qui concerne plus spécifiquement les enfants, les données ne sont pas rassurantes. Les nouvelles infections n’ont baissé que de 8% l’an dernier et on déplore 110 000 décès alors qu’on peut y mettre fin, souligne Michel Sidibé. En effet, seulement la moitié des enfants porteurs du VIH sont sous traitement et pas moins de 180 000 enfants ont contracté le virus lors de l’accouchement et l’allaitement alors que 80% des femmes enceintes séropositives ont eu accès à des médicaments pour éviter la transmission en 2017.

De même, la gent féminine n’est pas épargnée. En 2017, 58% des infections chez les adultes de plus de 15 ans touchaient des femmes. Une femme sur trois est victime de violences physiques ou sexuelle or on a remarqué une corrélation ente ces violences et els risques de contracter le virus, argumente le directeur exécutif d’ONUSIDA. Chaque semaine les jeunes filles âgées entre 15 et 24 ans ont été contaminées par le VIH. D’après l’UNICEF, une adolescente est infectée toutes les 3 minutes. Selon la directrice générale de l’UNICEF, Henrietta Fore : Dans la plupart des pays, les femmes et les filles n’ont pas accès à l’information et aux services nécessaires ou n’ont même pas la possibilité de refuser des relations sexuelles non protégées. Le VIH se propage rapidement parmi les personnes les plus vulnérables et les plus marginalisées, ce qui place les adolescentes au cœur de la crise. Pour Michel Sidibé, il est nécessaire que les filles restent à l’école et qu’elles ne soient plus victimes de mariages et de grossesses précoces.

Nous ne pouvons pas tolérer que l'histoire se répète alors que les moyens techniques et scientifiques pourraient permettre de mettre fin à l'épidémie. La communauté internationale doit se remobiliser sur le Sida pour éviter cette fracture entre le Nord et le Sud, estime pour sa part Aurélien Beaucamp, président de AIDES. Il espère également que le président Emmanuel Macron jouera son rôle de premier de cordée surtout que pour ONUSIDA 26,2 milliards de dollar US seront nécessaires pour la riposte en 2020.

Les principaux chiffres

Personne vivant avec le VIH

  • En 2017 36,9 millions de personnes vivaient avec le VIH dont 1,8 millions d’enfants
  • 21,7 millions de personnes vivant avec le virus ont accès au traitement ce qui représente une hausse de 2,3 millions depuis 2016
  • En 2017 59% des adultes séropositifs ont accès au traitement et 80% des femmes enceintes séropositives ont accès au traitement pour éviter la transmission à leur enfant

Nouvelles infections

  • Les nouvelles infections ont diminué de 46% depuis le pic de 1996
  • On compte en 2017 1,8 million de personne nouvellement infectées par le VIH
  • Depuis 2010, les nouvelles infections chez l’enfant ont diminué de 35%

Femmes

  • Environ trente adolescents de 15 à 19 ans par heure ont contracté le VIH en 2017, d’après un nouveau rapport de l'UNICEF. Deux tiers d’entre eux étaient des filles.
  • En Afrique subsaharienne trois nouvelles infections sur quatre touchent les filles âgées de 15 à 19 ans
  • Les jeunes femmes de 15 à 24 ans sont deux fois plus susceptible de vivre avec le VIH que les hommes

Population clés

  • Elles représentent 47% des nouvelles infections dans le monde
  • Et 95% des nouvelles infections en Europe de l’Est, en Asie centrale, au Moyen Orient et en Afrique du Nord
  • Les nouvelles infections au VIH parmi les personnes usagères de drogues par injection ont augmenté de 33% entre 2011 et 2015

Décès

  • Les décès liés au SIDA ont baissé de 1% depuis le pic de 2004
  • En 2017, 940 000 sont morts suites à des maladies associés au SIDA

Investissement

  • Fin 2017, 21,3 milliards de dollars étaient disponibles pour la lutte contre la maladie dans les pays à revenu faible ou intermédiaire
  • L’ONUSIDA estime que 26,2 milliards de dollars US sont nécessaire pour la riposte face à l’infection en 2020.

Sources - ONUSIDA, OMS, UNICEF

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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