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"Un patient chronique non résilient sera plus à risque d’augmenter l’intensité de ses douleurs"

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Douleur

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Comment supporter la douleur quand celle-ci devient chronique ? Comment son environnement autant que soi-même peut jouer un rôle dans la gestion d’une pathologie et surtout de la sensation douloureuse qui en découle ? Lors du congrès de la Société Française d’Etude et de Traitement de la Douleur (SFETD) qui s’est tenu à Strasbourg du 27 au 29 novembre 2019, une session a abordé l’importance de l’environnement autour du patient et notamment le concept de résilience. Contrairement à ce que l’on peut penser, la résilience dépend de facteurs internes et externes au sujet et elle n’est ni constante, ni définitive.

Le mot "résilience" en lui-même a quelque chose de physique. Il désigne l'aptitude à résister à un choc. En psychologie, il désigne la capacité à réussir à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit de l’adversité ou d’un événement traumatique.

La notion de résilience est connue en France depuis les années 1990. Depuis, on en entend de plus en plus parler. Le succès de ce concept tient à ce qu’il apporte un message d’espoir : quoi qu’il ait pu nous arriver on peut s’en sortir. En effet, en psychologie, la résilience repose sur une capacité de donner du sens aux événements, de rebâtir un réseau de soutien social ou de demander et de recevoir de l’aide quand celle-ci est nécessaire. Tout ceci est lié au fait de posséder une confiance de base, une estime de soi suffisante, des compétences sociales mais aussi, simplement de l’humour, de l’optimisme et de la créativité, explique Françoise Hirsch, psychologue clinicienne à la clinique Pasteur de Toulouse, venue s’exprimer sur le sujet lors du congrès de la SFETD.

La résilience : un processus qui permet de résister aux épreuves et crises de l’existence et de les dépasser pour continuer à vivre au mieux. 

Qu’est-ce que la résilience ?

La spécialiste prend pour exemple la fable du casseur de pierre de Charles PéguyCelui-ci rencontre au bord d’une route un homme qui casse des pierres, quand il lui demande ce qu’il fait, l’homme répond, malheureux : « je casse des cailloux, j’ai mal au dos mais je n’ai rien trouvé de mieux que ce travail pénible et stupide ». Plus loin il croise un autre homme qui fait la même chose. Quand il l’interroge sur ses activités, l’homme, au visage plus serein, réplique : « Je suis casseur de pierre. C’est un travail dur, vous savez, mais il me permet de nourrir ma femme et mes enfants. Et puis allons bon, je suis au grand air, il y a sans doute des situations pires que la mienne ». Plus tard, le voyageur rencontre un troisième homme qui casse toujours des cailloux mais qui parait heureux et enthousiaste. Quand il le questionne sur ce qu’il fait, celui-ci lui affirme : « Moi, je bâtis une cathédrale ! »

Voici une manière imagée d’expliquer ce que signifie « la résilience » : un processus qui permet de résister aux épreuves et crises de l’existence et de les dépasser pour continuer à vivre au mieux. Une autre image que l’on peut donner est celle de l’huitre perlière qui fabrique une perle suite à une agression, précise la professionnelle de santé.

Ce n’est pas l’événement en soi qui est traumatique mais l’incapacité à l’intégrer au plan intrasubjectif. L’événement déborde les capacités d’élaboration du "Moi" et génère un traumatisme - Sigmund Freud

Les concepts associés à la résilience

Certaines notions favoriseront le processus résilient. Par exemple, l’enpowerment - ou la réappropriation de son pouvoir - permet à l’individu en situation difficile de développer par des moyens concrets un sentiment de mieux contrôler sa vie.

Les stratégies dites de coping s’avèrent primordiales. Certaines sont centrées sur le problème et permettent au patient de recueillir le plus d’informations possibles concernant sa situation. Ceci afin de mettre en place des actions qui vont modifier son ressenti. On se situe sur un versant comportemental. Cela comprend, dans le cas d’une expérience douloureuse, du repos, de la relaxation, ou encore une demande de soutien, éclaircit Françoise Hirsch. En parallèle, d’autres stratégies sont davantage centrées sur l’émotion. Dans ce cas, le patient va tenter de se centrer sur les aspects positifs de sa situation entraînant une diminution de la tension émotionnelleCela repose sur un aspect cognitif. Le patient va interpréter les sensations douloureuses, se distraire, ignorer sa douleur ou s’auto-encourager.

Ainsi, la comportement résilient va dépendre en partie de l’individu, via notamment ses mécanismes de défense (qui sont propres à chacun), ses facultés à pouvoir traduire en mots des images ou des émotions (capacités de mentalisation), ou encore ses capacités cognitives lui permettant de traiter la réalité du problème.

Certains facteurs varient d’un individu à l’autre. La résilience n’est pas donnée d’emblée...

De quoi va dépendre la résilience du patient douloureux ?

Il en est bien sûr de même pour les patients douloureux chroniques : certains facteurs personnels joueront un rôle comme les mécanismes de défense ou l’estime de soi, mais cela dépend aussi de facteurs environnementaux comme le soutien des proches, que ce soi la famille ou les amis. La résilience a une dimension intrinsèque et extrinsèque. Elle n’est ni constante, ni définitive. Certains facteurs varient d’un individu à l’autre. La résilience n’est pas donnée d’emblée, affirme la psychologue clinicienne.

Celle-ci prend l’exemple d’une femme de 24 ans souffrant d’endométriose. Elle avait déjà un vécu résilient avec une mère alcoolique, mais elle était proche de ses grands-parents et avait beaucoup d’intelligence et d’humour. Ce n’est pas pour autant, que vivre avec sa douleur est aisé, certains patients rencontrent davantage de difficultés.  Une patiente de 49 ans était atteinte d’une lombalgie. Elle avait aussi eu une enfance difficile qu’elle décrivait comme solitaire et un père dépressif. A 30 ans, elle avait déjà perdu ses deux parents , explique la professionnelle. Or, un patient douloureux chronique faiblement résilient sera plus à risque d’augmenter l’intensité de sa peine, voire de la pérenniser. C’est pourquoi il faut prendre garde à cet aspect lors de la prise en charge. En général, les patients finissent par éviter le mouvement, et par abandonner toute gestion de leur douleur La patiente en question présentait des pensées peu structurées avec des stratégies de coping dysfonctionnelles comme c’est souvent le cas chez les personnes peu résilientes. Elle était aussi beaucoup dans la dramatisation, répétant qu’elle souffrirait toujours, que cela n’ira jamais . Un cas qui illustre que ce processus n’est pas donné à tout le monde et aussi que cela ne dépend pas que de soi !

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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