HYGIENE

Des animaux en maison de retraite, mais des bactéries aussi !

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Formation en ifsi

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Une étudiante en soins infirmiers (L1) à Saint-Etienne, a effectué un stage en Ehpad. Une situation particulière l’interpelle : quelles sont les mesures prises pour limiter le risque infectieux dû à la présence d’animaux ? La réflexion qui en résulte a mis à l’épreuve ses connaissances théoriques en hygiène et elle nous fait part de ses réflexions.

L'étonnement ou comment des étudiants en soins infirmiers racontent leurs premiers questionnements en stage

Formatrice et formateur dans un institut de formation en soins infirmiers Croix-Rouge à Saint-Etienne, Zohra Messaoudi et Christian Teyssier ont demandé à leurs étudiants de 1ere année, dans le cadre de l'unité d'enseignement Hygiène et infectiologie (UE 2.10) de réaliser une analyse de situation à partir d'un étonnement vécu lors de leur premier stage. Dans la continuité des trois premiers textes que nous avons publiés en 2015, textes jugés parmi les plus pertinents par leurs enseignantes, puis d'une nouvelle série déployée en 2016, suivis de nouvelles publications en 2017, de nouveaux étonnements s'offraient à nous en 2018. Continuons de les découvrir en 2019 ! Merci pour ce partage, il serait en effet dommage que ces riches réflexions de profanes restent anecdotiques.

Des animaux en maison de retraite, mais des bactéries aussi !

Des animaux en maisons de retraite : quel est le rapport bénéfice/risque ?

J’ai réalisé mon 1er stage en EHPAD où la présence des animaux est autorisée. L’établissement possède un chien labrador âgé de 11 ans, que l’on va nommer Rox. Il a été adopté par la maison de retraite en 2006 suite à une allergie qu’il développait dans sa région natale. Il vivait dans un centre pour enfants aveugles, il est donc éduqué. Mais le centre a décidé de s’en séparer pour le bien de l’animal.

De plus, une résidente, Mme M., possède un chat âgé de 17 ans, que nous allons appeler Pistache pour préserver son anonymat. A son entrée en résidence il lui était inenvisageable de se séparer de son animal. En effet, le chat appartenait à sa sœur défunte qui, avant de mourir, lui avait demandé de toujours s’occuper de ce chat et de ne jamais l’abandonner. Cela lui tenait donc beaucoup à cœur. Malheureusement, pendant mon stage au cours de la 2ème semaine, alors que je n’étais pas encore passée sous la tutelle des infirmières, le chat est tombé malade. J’en ai entendu parler lors de la relève, où il se disait qu’il vomissait et déféquait partout dans la chambre. Ce sont donc les infirmières qui lui ont apporté leurs soins en lui donnant un traitement et l’ont suivi comme s’il s’agissait d’un être humain. Je n’ai pas pu assister à ces soins avec les infirmières car j’étais avec les aides-soignantes, mais quand je suis passée avec les IDE, je les ai questionnées sur cette situation qui m’a beaucoup étonné. Elles ont réalisé ces soins en raison de l’attachement de la résidente pour son chat, pour ne pas laisser l’animal souffrir, mais aussi pour éviter la propagation des bactéries et plus généralement de la maladie si celle-ci était contagieuse pour les autres animaux de la maison de retraite. Mais en raison de son âge, le chat ne sort presque pas de sa chambre, il est très fatigué et passe son temps allongé sur un fauteuil.

Description de la situation

Comme je n’ai pu assister à la prise en charge de Pistache, j’ai questionné les infirmières et le personnel qui m’ont très bien renseigné à ce sujet. Les infirmières prenaient en charge Pistache en dernier, une fois qu’elles avaient terminé la distribution des médicaments, les prises de sang, les pansements… afin de ne pas propager les microbes provenant de sa chambre. Avant d’entrer dans la chambre elles enfilaient un tablier, des gants, et un masque (qu’elles mettaient surtout à cause de pour l’odeur très forte provenant des excréments). Ensuite, elles entraient, essayaient de mettre le chat en confiance en le caressant pour ne pas lui faire peur ou le brusquer. Elles mélangeaient les traitements de Pistache à sa nourriture et tentaient de le faire manger. S’il refusait de s’alimenter, elles demandaient à Mme M. de s’en occuper plus tard. S’il acceptait, elles attendaient quelques minutes de voir s’il ne les revomissait pas et demandaient à Mme M. de tenir au courant le personnel soignant de l’état de santé de l’animal. En sortant de la chambre, les infirmières ôtaient leur tablier, gants, et masques ; se désinfectaient les mains avec une solution hydro-alcoolique, et retournaient en salle de soins où elles désinfectaient le guéridon, jetaient les poubelles et se lavaient les mains jusqu’au coude au savon doux.

Elles m’ont expliqué qu’après les soins de Pistache, elles distribuaient les médicaments en salle de restauration, qu’il serait plus hygiénique de s’occuper du chat après la distribution mais que cela n’était pas possible car elles n’avaient pas le temps. Toutefois, la distribution des médicaments n’étant pas un acte invasif, il y a très peu de risque de contamination. Les infirmières ont pris en charge le félidé pour le bien-être de Mme M (celle-ci étant très attachée à ce chat, elle se faisait énormément de souci), mais aussi pour des raisons d’hygiène de la chambre et surtout afin d’éviter au maximum la propagation des bactéries et autres microbes. De plus, ce ne serait pas humain de laisser un animal souffrir.

Analyse de la situation

Face à cette situation, je me suis posée des questions : Quels bénéfices peuvent apporter les animaux aux résidents de l’EHPAD ? Quelles sont les mesures prises par le personnel ? Y-a-t-il un risque infectieux ? Quels sont les mesures prises pour Rox (le chien), les autres résidents, l’établissement ? Avec des recherches, des cours que j’ai pu suivre à l’IFSI et des réponses données par le personnel, j’ai pu analyser cette situation. Une infirmière hygiéniste de l’établissement m’a donné un lien pour me renseigner sur la prévention du risque infectieux et médiation/présence d’animale en EMS  (établissement médico-social) et ES (établissement de soins).

Dans cette situation, j’ai identifié différentes règles d’hygiènes utilisées comme des précautions standards comme la tenue professionnelle, l’hygiène des mains, des éléments de protection individuelle (gants, masque, tablier par-dessus la tenue professionnelle), et la gestion du matériel avec la désinfection du guéridon. Par exemple, la tenue professionnelle protège le soignant et permet la réalisation correcte du lavage des mains grâce aux manches courtes. Ensuite, l’hygiène des mains a un rôle dans la transmission des infections associées aux soins, si elle est bien respectée elle permet de diminuer le risque de propagation. De plus, les équipements de protection individuels comme les gants, le masque, le tablier réduisent le risque de transmission de micro-organismes entre les animaux, les résidents et le personnel.

Les risques infectieux que l’on retrouve avec des animaux dans un établissement de soins sont les déjections avec des maladies qui peuvent se transmettre de l’animal à l’Homme telle que la Toxocarose, la Fièvre Q, la Toxoplasmose...  Il y a aussi des risques infectieux par le toucher avec la Pulicose, la Gale, Lyme… Dans le même sens, il peut y avoir des risques par morsure ou griffure avec la maladie des griffes du chat, le Pasteurellose, la Rage…

Le lien m’a aidé à répondre à certaines de mes questions, par exemple Rox n’entre pas dans les chambres des patients ni en salle de soins, ceci est dû à la Circulaire n°40 du 16 juillet 1984 [5] : les chiens-guides d’aveugles ont le droit de pénétrer dans les centres hospitaliers (hôpitaux, cliniques, maisons de retraite, etc.), mais il leur est interdit d’entrer dans les chambres des patients ainsi que dans les salles de soins. En effet, il peut y avoir un risque infectieux car le chien se promène dans le village où est implantée la maison de retraite. Il peut donc amener des micro-organismes de l’extérieur potentiellement dangereux pour certains résidents de l’établissement qui sont déjà très fragiles. De plus, d’autres mesures sont prises pour protéger les résidents. Par exemple l’animatrice de l’EHPAD lave le chien lorsqu’il est sale, boueux ou qu’il sent mauvais … Il est régulièrement suivi par un vétérinaire, il est à jour sur les vaccins, et traité contre les parasites. Ces mesures sont prises car les tiques peuvent être attrapés aussi bien par les animaux que les Hommes, et la tique peut engendrer la maladie de Lyme. Des mesures ont été prises aussi avant d’adopter Rox : l’EHPAD a pris le chien en essai pendant 6 mois pour voir s’l s’adaptait au milieu, examiner son comportement… il y a aussi eu une évaluation sur les effets de sa présence sur les résidents et il a réussi le test. D’après cette analyse, il y a bien des mesures prises afin de protéger l’animal contre l’extérieur (avec des vaccins et traitements), ce qui permet de protéger le résident dans le même sens, et ainsi protéger le personnel. Malgré ces mesures, il n’y a pas de risque zéro pour les résidents ainsi que toutes les personnes de l’établissement car des bactéries se développent en permanence, certaines ne pouvant pas être détruites. On peut y voir aussi un bénéfice pour les personnes âgées et pour les animaux.

En effet, en interrogeant les résidents et en ayant passé 5 semaines au sein de l’établissement j’ai pu voir que l’animal a un effet bénéfique sur eux, il est capable de les calmer (notamment les personnes atteintes d’Alzheimer), les faire sourire… Ils s’y sont attachés, c’est pour cela qu’on peut parler de médiation animale. Des études ont été faites montrant que les animaux peuvent avoir une influence positive sur des patients en réduisant le degré d'agitation et en améliorant le degré et la qualité de l'interaction sociale.  Ici le bénéfice du chien, suite à son adoption, est qu’il était malade dans une autre région à cause de ses allergies. Aujourd’hui, il n’est jamais seul, se porte bien et est même parfois trop gâté par les résidents !! En effet, on m’a raconté que Rox avait pris beaucoup de poids, il avait donc suivi un régime et le personnel avait demandé aux patients de ne plus lui donner de gourmandises pour qu’il reste en bonne santé.

Pour conclure

Face à cette situation j’ai appris que dans un EHPAD, un lieu de soins et de vie il n’y a pas que les personnes âgées qui comptent, il faut respecter tout ce qui leur tient à cœur que ce soient leurs animaux ou un mouchoir sale qu’ils ne veulent pas laver. Il reste peu de choses qui leur donnent du plaisir, mais il faut tenter de les pérenniser pour qu’eux-mêmes se sentent bien. Au cours de mon stage j’ai pu voir que l’hygiène est très importante, même si les animaux en EHPAD apportent un risque infectieux supplémentaire, ils amènent beaucoup de bien-être ce qui reste primordial.

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