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Accès aux soins : 5 propositions phares du SNIIL à l’approche du 2nd tour

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Présidentielles

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Prévention, éducation à la santé, prise en soins, signalements : par leurs multiples compétences et interventions, les infirmiers libéraux se trouvent au cœur du parcours de santé des Français. A l’approche du deuxième tour de la présidentielle française 2017, le Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux (Sniil) a tenu à apporter ses propositions pour faire progresser l’accès aux soins et la pratique infirmière. Comment permettre un meilleur équilibre efficacité/coût pour l’Assurance Maladie tout en renforçant l’accès aux soins pour tous, améliorer le suivi des maladies chroniques et donner une meilleure réponse aux besoins de la dépendance ? Voici, parmi les 19 pistes d’améliorations établies par le SNIIL, les cinq points les plus marquants à destination du ou de la futur(e) président(e).

Réviser le zonage infirmier

Les infirmiers libéraux assurent des soins quotidiens d'où l'intérêt de les intégrer dans la permanence des soins et de valoriser leur rôle.

Le Sniil estime que la démographie infirmière est mal régulée malgré des mesures spécifiques réajustées en 2012. Depuis 2010, les installations ont surtout eu lieu dans les zones dites « intermédiaires » (+9,8 %) alors que les installations n'ont augmenté que de 1,8 % dans les zones très sous-dotées. Le Sniil craint, à terme, de voir apparaître des « déserts infirmiers ». Pour éviter ce scénario, il propose donc de :

  • repréciser les conditions du zonage infirmier en tenant compte de l’offre globale de soin et en fonction du profil réel de la population (à partir de nouveaux critères : niveau de dépendance, précarité économique et au-delà, donc, du seul critère d’âge) ;
  • raccourcir le délai de réévaluation du zonage à un an contre cinq aujourd’hui ;
  • permettre aux infirmiers libéraux de choisir leur seuil d’activité (et donc la durée de leur temps de travail). 

Intégrer les infirmiers dans la permanence des soins

Rappelons que les infirmiers libéraux sont les seuls professionnels de santé à assurer des soins quotidiennement. Ils prodiguent ainsi les soins nécessaires et adaptés, maintiennent au maximum les capacités d'autonomie des personnes, évitent les hospitalisations inopportunes et restent en lien avec le médecin traitant et les autres professionnels de santé ou sociaux. Pourtant, les interventions relevant du rôle propre infirmier restent limitées. Pour faire valoir les compétences des infirmiers libéraux, il s'agit donc, pour le Sniil, de :

  • valoriser la continuité des soins 24h/24 effectuée par les infirmiers envers leurs patients par la possibilité de facturer des interventions d’urgence et par l’élargissement du droit de prescription infirmier aux examens biologiques d’urgence ;
  • permettre aux infirmiers d’assurer un vrai « premier tri » dans les situations d’urgence.

Elargir le droit infirmier à vacciner

À l'heure actuelle, le droit à vacciner des infirmiers libéraux est très limité (vaccination antigrippale saisonnière, hors primo-injection, seulement en direction des personnes âgées de plus de 65 ans ou souffrant de certaines pathologies graves). Pourtant, les IDEL sont les professionnels de santé les plus proches de la population française et les plus accessibles, et leur plus-value en matière de vaccination n'est plus à démontrer comme l'atteste le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) dans son rapport « Vaccination des personnes âgées » paru en mars 2016 . Face à la recrudescence de certaines maladies, et pour améliorer la couverture vaccinale, le Sniil suggère ainsi de :

  • élargir le droit infirmier à vacciner ;
  • l'étendre également à toutes les pathologies hors primo-injection, en lien avec le médecin traitant.

Favoriser la coordination et renforcer le rôle des infirmiers libéraux

Dans les années à venir, le nombre de personnes atteintes de maladies chroniques va augmenter considérablement. Le rôle des infirmiers est ici primordial pour éviter l'hospitalisation, le recours aux urgences, l'éducation et l'évaluation de l'observance. Néanmoins, de nombreux patients (30 % selon un sondage réalisé en janvier 2017 par le collectif « [im]Patients chroniques et associés ») sont insatisfaits de leur prise en charge en raison notamment du manque de coordination entre les professionnels de santé. Par ailleurs, les dispositions actuelles de suivi des malades chroniques semblent ne pas être suffisantes (programmes d'éducation thérapeutique du patient inadaptés, absence de suivi en cas de chimiothérapie orale, difficultés dans la prise en charge de la douleur…). D'autant que la coordination du parcours de soins du patient est confiée au seul médecin traitant, la transmission d'informations par l'établissement de santé du patient est encore bien trop marginale et les échanges entre professionnels de santé trop rares. Ainsi, il conviendrait de :

  • élargir les contours de la coordination réalisée par les infirmières libérales : lien hôpital/ville, lien avec le médico-social, lien avec les autres professionnels de santé… ainsi que leurs rémunérations spécifiques ;
  • créer la notion d’infirmier(e) référent(e) ;
  • faire de l’infirmier libéral le pivot de la sortie d’hôpital ;
  • créer un acte de suivi clinique infirmier pour les malades chroniques ;
  • renforcer la capacité d’intervention des infirmiers libéraux dans l’accompagnement des effets secondaires des chimiothérapies orales et dans la prise en charge de la douleur. 

Améliorer les conditions de travail des infirmiers

Le statut des infirmiers libéraux présente peu d'avantages par rapport au statut des hospitaliers. La pénibilité de leur travail n'est pas reconnue (temps de travail chargé de 53 heures par semaine en moyenne, trajets, levées de patients…), ils ne bénéficient d'aucune protection maternité spécifique, et sont également de plus en plus confrontés à la violence dans le cadre de l'exercice de leur profession. Au vu de ces conditions de travail délétères, il est urgent pour le Sniil de :

Le Sniil ne s’en tient pas là puisqu’il développe, au total, 19 propositions au fil de 37 pages. Parmi elles, citons encore la volonté de lancer la réalisation d’une étude nationale sur les infirmiers libéraux pour mieux connaître leurs pratiques et leurs activités, à l’instar de très nombreuses études réalisées sur les médecins généralistes libéraux. Le Sniil prône également la révision du décret de compétences en y intégrant la notion de « missions ». Il souhaite également impliquer davantage les infirmiers libéraux dans la prévention par la création de nouveaux actes dans la nomenclature (afin d’éviter, à terme, des hospitalisations.) Plus généralement, le Sniil, l'un des principaux syndicats d'infirmiers libéraux souhaite voir évoluer la nomenclature afin de l’adapter aux nouvelles pratiques thérapeutiques et techniques. Autres mesures évoquées : la reconnaissance du temps passé par les infirmiers lors de la prise en charge grâce à la télémédecine (et donc leur rémunération), le développement de l’éducation thérapeutique du patient en ville, la révision de la prise en charge de la santé mentale ou encore la facilitation des possibilités d'intervention en SSIAD et en EHPAD. 

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Journaliste Infirmiers.com susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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