Soulagement et insatisfaction. Tel pourrait se résumer l’état d’esprit des acteurs de la santé face à un projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026 (PLFSS 2026), voté le 16 décembre dernier en seconde lecture par l’Assemblée nationale, qui est bien loin de remporter une adhésion complète. Soulagement car, après un PLFSS 2025 qui avait tardé à venir après le pari raté de François Bayrou, alors Premier ministre, d’engagé la responsabilité de son gouvernement, il était «vital que le pays ne débute pas l’année sans budget», comme le souligne la Fédération hospitalière de France (FHF) dans un communiqué. «Une adoption était également indispensable pour ne pas briser le cycle vertueux de reprise d’activité porté par l’hôpital public, rendu possible par la mobilisation totale des équipes : +4 % en 2024 comme en 2025, et un absentéisme en baisse, revenu à son niveau d’avant-crise sanitaire en 2019», poursuit-elle, rappelant que le recrutement, notamment soignant, a également retrouvé un certain dynamisme.
Un soulagement partagé par le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil), qui juge que l’adoption du texte était «indispensable» ; elle l’était d’autant plus qu’elle est essentielle pour faire avancer les chantiers de la profession infirmière, réforme du métier et négociations conventionnelles en tête. Quelques jours avant le retour du texte à l’Assemblée nationale, dans un communiqué commun, le Sniil, l’Union nationale des infirmiers en pratique avancée (UNIPA) et la Fédération nationale des infirmiers (FNI) appelaient les députés à voter le PLFSS afin de ne pas bloquer les évolutions promises par la récente loi infirmière. «Voter la loi infirmière était une avancée. Voter le PLFSS 2026 en est la condition d'application», martelaient alors les 3 organisations.
Un ONDAM en hausse mais toujours jugé insuffisant
Soulagement également face à l’augmentation de l’Objectif national de dépenses d’Assurance maladie (ONDAM) 2026, que le gouvernement établissait dans sa copie initiale à +2% et qui est passée dans la version finale à +3%, avec un sous-ONDAM dédié aux soins de ville fixé à 1,3%. Ce dernier «ouvre une perspective plus favorable pour aborder les négociations conventionnelles», réagit le syndicat. De son côté, si la FHF estime l’ONDAM «inférieur aux besoins réels du terrain », elle salue toutefois l'augmentation de 150 millions d’euros de l’ONDAM Autonomie pour les EHPAD publics, « absolument nécessaire, même si elle demeure très en deçà des besoins réels des établissements» ; la FHF les évalue à 500 millions d’euros.
L’Ordre national des infirmiers, lui, se félicite sur X de la possibilité pour les infirmiers libéraux (IDEL) «de s’approvisionner et de détenir les vaccins afin de les administrer directement aux personnes ciblées par le calendrier vaccinal national», prévue dans l’Article 55. «Cette disposition simplifie ainsi les parcours de vaccination, et garantit une meilleure réactivité face aux besoins de prévention et améliore l’accessibilité aux soins» et permet de renforcer la couverture vaccinale.
#PLFSS2026
— Ordre National des Infirmiers (@OrdreInfirmiers) December 16, 2025
L’Ordre National des Infirmiers salue l’adoption définitive du PLFSS 2026 par l’Assemblée nationale.
Parmi les avancées votées figure une mesure clé :
➡️ La possibilité, notamment, pour les infirmiers exerçant à titre libéral, de s’approvisionner et de détenir… pic.twitter.com/fI0xDiYruj
Une occasion manquée et des inquiétudes qui persistent
Pour autant, certains points de ce PLFSS suscitent l’inquiétude du Sniil. Ce sont le cas notamment de l’obligation vaccinale pour les professionnels de santé libéraux, qui pourrait alimenter «un sentiment d’inégalité au sein de la profession», et de l’instauration de pénalités en cas de manquements aux obligations de transmission d’informations dans le dossier médical partagé. «Une fois encore, ce sont les professionnels de terrain qui se voient imposer des obligations supplémentaires, sans moyens techniques, humains ou financiers clairement identifiés», alerte-t-il, dénonçant la «surdité» des parlementaires face aux arguments du terrain.
Ce manque d’écoute, la FHF le déplore également, citant : l’absence de régulation des activités trop rentables, un temps envisagée et finalement supprimée alors qu’elle serait source d’économie, le défaut de soutien effectif à la généralisation de la détection des fragilités, pourtant prévue dans la loi « Bien vieillir », ou encore le retrait de l’article portant obligation du Nutri-Score, qui représente également « un signal très préoccupant pour la santé publique » dans un contexte de hausse des pathologies chroniques. Soit autant de leviers et de réformes simples qui n’ont pas été engagées alors que l’occasion s’y prêtait. Plus largement, la FHF rappelle avec force que «la programmation en santé doit devenir une réalité et cela dès 2027. Refuser cette évidence, c’est condamner le pays à revivre année après année des psychodrames budgétaires, au détriment de la prévisibilité et de la stabilité nécessaires à des établissements chargés de missions essentielles de service public.»
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