La violence dont est la proie la profession infirmière dans le monde est une crise genrée, a alerté le Conseil international des infirmières (CII) en marge de la Commission des conditions de la femme, qui s’est tenue du 9 au 19 mars 2026 à New York (voir encadré). Et de fait, avec les femmes qui représentent 85% de ses effectifs, elle a été et est toujours qualifiée de «travail féminin». Une classification qui «a contribué à une dévalorisation persistante, à des salaires plus bas et à des possibilités de leadership limitées», selon l’organisation. Elle n’est pas la seule, ni la première, à faire un tel constat. En mars 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relevait dans un rapport que les sous-investissements structurels qui caractérisent le métier, et plus généralement le secteur de la santé, trouvaient leur origine dans la persistance des inégalités sexuelles.
Des violences qui ont des conséquences sur les professionnels et les patients
«86 % des infirmières déclarent subir des violences de la part de patients ou du public, tandis que plus des deux tiers en subissent de la part de collègues», a ainsi déploré le Dr José Luis Cobos Serrano, Président du CII, lors d’une session parallèle de la Commission dédiée à la violence au travail. Celle-ci, a-t-il insisté, est «étroitement liée aux inégalités de genre», auxquelles s’ajoutent les conditions de travail dangereuses et les pénuries de personnel. Cette violence s’intensifie par ailleurs dans les contextes de conflits, où les professionnels de santé sont de plus en plus pris pour cibles. Et la France ne fait pas figure d'exception. Selon le dernier rapport de l'Observatoire National des Violences en Santé (ONVS), de septembre 2025, infirmiers et aides-soignants sont les premières victimes des violences en santé.
Or les conséquences de ces violences sont «graves et étendues», a poursuivi le Président du CII : l’épuisement professionnel, en premier lieu, mais aussi l’absentéisme et la fuite des infirmières, qui quittent le métier, le tout aggravant une pénurie déjà bien trop délétère. Avec, en bout de course, des patients qui paient le prix fort.
Quelles mesures pour protéger ces professionnels ?
«Protéger les infirmières et les travailleurs de première ligne est essentiel non seulement pour leur sécurité, mais aussi pour la stabilité économique, le bien-être sociétal et la qualité des soins reçus par les patients», a-t-il plaidé. Il a identifié trois priorités clés, à commencer par la promotion de l’égalité des sexes. Il faut également renforcer le leadership infirmier et «faire reconnaître que protéger les infirmières est indispensable à la protection des patients.» Il a listé plusieurs mesures concrètes, dont une politique de «tolérance zéro» face aux violences, l’amélioration des systèmes de sécurité et de prévention, et un soutien en santé mentale aux personnels qui sont victimes de ces violences. Et dans les zones de conflit, une protection renforcée. «Les infirmières comptent parmi les groupes professionnels les plus dignes de confiance dans la société», a-t-il rappelé. «Lorsque nous les protégeons, nous leur permettons d’améliorer la santé pour tous.»
Créée en 1946, la Commission des conditions de la femme est la principale instance intergouvernementale mondiale ainsi que le plus grand rassemblement onusien annuel dédié à la promotion de l’égalité entre femmes et hommes et droits des femmes et des filles. Elle a notamment contribué à l’élaboration du principal traité international protégeant les droits des femmes. Celle de l’année 2026 était organisée autour du thème «Garantir et renforcer l’accès de toutes les femmes et de toutes les filles à la justice, notamment en promouvant des systèmes juridiques inclusifs et équitables, en éliminant les lois, politiques et pratiques discriminatoires et en s’attaquant aux obstacles structurels».
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