Elle est encore à un peu moins d’un an, mais elle est déjà dans toutes les têtes. Et notamment dans celle d’Unicancer, la fédération de centres de lutte contre le cancer (CLCC). Le 9 juillet 2026, elle a publié une série de propositions afin de renforcer le combat contre cette maladie en amont de l’élection présidentielle de 2027. Le but : réclamer «une politique ambitieuse et structurée, fondée sur la prévention, l’innovation et l’égalité d’accès aux meilleurs soins». Dépistage, évolution des traitements, gestion des séquelles..., la prise en charge de ces maladies qui demeurent la première cause de mortalité prématurée a certes beaucoup évolué au cours des 20 dernières années. Mais les défis énormes, alors que l’accès aux soins et aux innovations reste marqué par de fortes inégalités socio-économiques, qui obèrent les chances de survie des plus modestes. En soumettant ainsi ses propositions aux futurs candidats à la présidentielle, Unicancer appelle ainsi à activer tous les leviers existants, en cohérence avec la stratégie décennale de lutte contre le cancer, entrée dans une deuxième phase ciblée sur les parcours personnalisés, pour améliorer la survie et la qualité de vie des patients.
Celles-ci se déclinent en 25 pistes d’action et selon 5 axes :
-
Prise en charge globale et équitable sur l’ensemble des territoires
-
Pertinence, qualité et coordination : les piliers de la soutenabilité et de l’accès aux soins
-
Accélération du développement de la recherche et de l’innovation en France, un levier de souveraineté nationale
-
Former et accompagner les professionnels de santé tout au long de leur carrière
-
Soutenir et promouvoir les Centres de lutte contre le cancer, un modèle d’excellence en cancérologie depuis 80 ans reconnu à l’international
Prévenir la maladie, accompagner les séquelles
Parmi les 25 actions listées, l’une des premières est préventive : il faut éradiquer les cancers HPV par la vaccination des enfants. Depuis la rentrée 2023-2024, des campagnes de vaccination s’organisent dans les écoles, ciblant les enfants de 11 ans, l’objectif national étant d’atteindre 80% d’enfants vaccinés d’ici 2030. Or si la couverture vaccinale progresse, elle était encore jugée insuffisante en juillet 2025. Aussi Unicancer encourage-t-elle «le passage d’une vaccination recommandée à une vaccination systématiquement facilitée, proposée, expliquée et suivie, en mobilisant tous les lieux de vie (école, ville, travail) et tous les acteurs de confiance (médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, équipes hospitalières).»
Il faut également systématiser l’identification des besoins de soins de support dès le début de la prise en charge, car près de deux patients sur trois indiquent souffrir de séquelles cinq ans après un diagnostic de cancer. Et 24% des personnes souffrant de séquelles n’ont pas accès aux soins de supports. Unicancer propose déjà un accompagnement de ce type de soins dans ses établissements, associant médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, ergothérapeutes... Il s’agirait de généraliser cette offre, qui inclurait notamment la prise en charge des addictions, la prévention de la toxicité ou encore des séances d’activité physiques adaptée.
Faire le pari de la pratique avancée
Côté formation et accompagnement des professionnels de santé, la fédération des centres de lutte contre le cancer fait le pari de l’élargissement de la pratique avancée. Les infirmiers en pratique avancée (IPA) «constituent un maillon essentiel de la coordination des parcours de soin», écrit-elle. Elle-même a structuré le déploiement des IPA dans ses CLCC, où elle en dénombre aujourd’hui 87. Elle identifie plusieurs leviers pour accélérer et améliorer le développement des IPA en cancérologie : adapter le contenu des formations aux spécificités des pathologies chroniques complexes, diversifier les offres de stages ou encore simplifier les modalités d’accès aux actes délégués. Par ailleurs, Unicancer déclare soutenir l’élargissement de la pratique avancée à d’autres professions paramédicales, techniciens de laboratoire et manipulateurs en électroradiologie en tête.
Enfin, il faut également «augmenter le nombre d’étudiants en formation initiale» et notamment les infirmiers. Selon les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) de 2024, les effectifs infirmiers continuent d’augmenter, mais pas suffisamment au regard des besoins.
Les Français face au cancer
-
48% des Français déclarent que le cancer est la maladie dont ils ont le plus peur, loin devant Alzheimer (21%).
-
46% estiment que l’accès aux soins n’est pas équivalent selon le niveau de ressources financières.
-
1 Français sur 10 aide une personne atteinte de cancer, soit environ 5 millions de personnes.
-
À âge et sexe comparables, les 10% les plus modestes présentent un risque 1,7 fois plus élevé de développer un cancer de mauvais pronostic que les 10% les plus aisés.
Parmi les autres pistes avancées, la fédération milite pour simplifier l’accueil des médecins étrangers (PADHUE), de garantir à chaque patient l’accès aux innovations en matière de traitement, placer la pertinence des soins au coeur des prochaines réformes en santé, ou bien développer les parcours coordonnés renforcés en matière de prévention et de prise en charge des cancers, dans le cadre d’une approche globale. L'ensemble de ces actions ne sera toutefois possible que si le gouvernement prévoit une loi de financement pluriannuelle - par ailleurs réclamée par l'ensemble des fédérations hospitalières - seule à même de sécuriser sur le long cours les investissements en termes de prévention, d'innovation, de transformation des parcours et d'évolution des professions de santé.
Les enjeux, rappelle-t-elle, sont de taille. Mieux connus, mieux dépistés et mieux soignés, les cancers continuent toutefois de progresser en nombre. En trente ans, ils ont presque doublé, avec une accélération plus rapide chez les femmes et les jeunes. En 2023, ce sont ainsi 433 136 nouveaux cas qui ont été détectés. Et, selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre annuel de nouveaux cas devrait augmenter de 77% entre 2022 et 2050.
Accéder aux 25 propositions d'Unicancer pour accélérer la lutte contre le cancer
Santé au travail
Quand les patientes sont des soignantes : de la prise en soin à la réintégration au travail
EMPLOI Á L’ÉTRANGER
De France, ils sont partis travailler en Suisse et au Luxembourg
POLITIQUE DE SANTÉ
Santé de l’enfant: deux ans après les Assises, les grandes mesures s'installent
LUTTE CONTRE LA DÉSINFORMATION
Rendez-vous pour le Grand Debunk, un webinaire géant contre les fake-news en santé