AU COEUR DU METIER

La pratique avancée : un nouveau métier réellement en marche…

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Pratique avancée

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Le 20 octobre dernier, à Marseille, lors du Seminaire européen du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone  (SIDIIEF) dédié à la pratique avancée, le déploiement de ce nouveau métier en France a été annoncé sous les meilleures auspices par la Direction générale de l'offre de soins avec une formation ad hoc pour la rentrée 2018/2019… Explications.

Compétences lettres

La DGOS l'a affirmé lors de ce séminaire, la mise en place de la pratique avancée (PA) fait partie des dossiers prioritaires du ministère des solidariotés et de la Santé.

Le Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone  (SIDIIEF) organise en 2017 une série de séminaires européens sur le thème de la pratique avancée infirmière. La cité phocéenne accueillait donc, le 20 octobre dernier, quelques 250 personnes dans l’amphithéâtre de la Timone, mis à disposition pour l’occasion par coordinatrice générale des soins à l'Assistance-publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM, Mme  Karen Inthavong, en collaboration avec Sébastien Colson, maître de conférence, enseignant-chercheur en sciences infirmières à Aix-Marseille Université ; l'occasion de faire l’état des lieux de la pratique avancée (PA) en France mais aussi en Suisse et en Belgique.

Alors où en est-on ?

Si en Suisse et en Belgique les questions portent toujours sur les compétences à définir et la règlementation nécessaire pour encadrer cet exercice (il faut noter que chez nos voisins, il n’y a pas  de référentiel d’actes et de compétences bien délimités pour la pratique infirmière, comme en France),  le ministère de la santé, porté par le Pr Agnes Buzyn semble cependant mettre les bouchées doubles. La pression était très forte et Esther Lepaicheux, représentante de la DGOS qui travaille en ce moment sur les textes d’application (toujours attendus), a pu nous livrer en avant-première quelques éléments de l‘état d’avancement du décret. Tout d’abord elle nous assure que la mise en place de la pratique avancée (PA) fait partie des dossiers prioritaires du ministère, et d’ailleurs elle figure dans le rapport sur le plan en faveur de l’accès aux soins du 13 octobre (mesure 8). Les objectifs ministériels sont clairs :

  • assurer la continuité des soins ;
  • favoriser le travail en collaboration de l’ensemble des professionnels de santé ;
  • optimiser la coordination ville/hôpital ;
  • diversifier l’exercice infirmier en augmentant les perspectives de carrière.

Elle revient sur les protocoles de coopération, déjà implantés, qui ont ouvert la voie et ont permis de faire émerger la PA.  Ils ont produit des résultats effectifs qui ont démontré la faisabilité des transferts de compétences et de la démarche de PA. Il faut y rajouter les expérimentations des deux masters et les expériences étrangères. Cependant ce qui existe à l’étranger n’est pas transposable en l’état en France…

La mise en place de la pratique avancée (PA) fait partie des dossiers prioritaires du ministère des Solidarités et de la Santé.

Le diplôme pour la PA sera un master dédié

Face aux nombreuses interrogations de l’assemblée, Esther Lepaicheux a déclaré que le diplôme permettant d’accéder au titre de « pratique avancée » serait un master dédié, délivré par une université. S’il restait encore un doute face à ce niveau de diplôme (cf. Gic REPASI/ANFIIDE) il est levé ! Un cahier des charges national va être envoyé aux universités, qui devront y adhérer.

Une expérience minimale requise pour entrer en master de pratique avancée sera exigée : « il y a un vrai besoin d’exercer son métier socle, de façon « avancée » ou plutôt dans une pratique qui avance par rapport à la pratique classique du métier. Il y a eu beaucoup de débats, mais les arguments contraires n’ont pas été retenus par la DGOS », qui maintient ce pré requis (tout comme pour accéder aux formations cadre de santé, IADE et IBODE, ndlr). 

Concernant les activités exercées par un infirmier de pratique avancée (IPA), a expliqué la DGOS,  trois grands types sont retenus :

  • orientation, éducation et prévention : les deux derniers sont déjà du rôle autonome infirmier, l’orientation est une nouveauté. Un IPA pourra orienter un patient… ;
  • évaluation et conclusion clinique : pour certains actes techniques (non précisés...), ce sera au sein d’une équipe. L’IPA aura possibilité, après examen clinique, de poser une conclusion (diagnostic) qui amènera à l’orientation du patient. Ce travail en équipe se fera avec une marge d’autonomie ;
  • la prescription sera délimitée : ainsi, on retrouvera la prescription de « produits non soumis à prescription médicale obligatoire ». Par contre pour les autres, il faudra passer par un protocole de coopération. Par exemple pour prescrire des antibiotiques, si nécessaire, ce sera sous protocole. En fait les deux modèles de « protocoles de coopération » (article 51 de la Loi HPST) et de pratique avancée seront en parallèle et coexisteront. Par contre il est prévu un assouplissement de la procédure de validation des protocoles. Il n’est pas non plus précisé les modalités et les contenus de ces « délégations » ponctuelles à destination des IPA.

Il y a un vrai besoin d’exercer son métier socle, de façon « avancée » ou plutôt dans une pratique qui avance par rapport à la pratique classique du métier.

Le champ d’exercice se fera sur les pathologies et les parcours de patients

Esther Lepaicheux a indiqué que la PA n’est pas pensée par le ministère comme une « spécialité » mais comme une voie de carrière « généraliste ».  La formation portera sur un socle commun avec des spécificités selon les orientations. Il faut préciser que la PA est mise en oeuvre en réponse à des priorités en santé publique (gérontologie, cancérologie, santé mentale…). Comme au fil des années les priorités peuvent changer, les IPA ne doivent pas être enfermés dans une orientation. Elle précise que les protocoles de coopération sont différents des spécialités qui sont différentes de la PA.

Concernant le volet très attendu de la rémunération, diverses parties prenantes sont en lien actuellement… La grille salariale sera en fonction de ce que contiendront les décrets. Il faudra travailler avec la sécurité sociale, la fonction publique hospitalière et les différentes fédérations. Un exercice en libéral est également prévu, avec des rémunérations pensées en termes de missions.

Il est prévu de penser à comment intégrer les personnes déjà diplômées dans ce nouveau cadre mais les modalités ne sont pas précisées. Pour ce qui est du calendrier, il est ambitionné d’avoir une offre de formation pour la rentrée 2018/2019. 

La représentante du ministère assure donc de la volonté de ce dernier de travailler avec les acteurs du terrain et nous transmet un message d'Agnès Buzyn qui adresse ses remerciements à toutes les personnes qui œuvrent pour la pratique avancée. Cette journée s’est donc terminée sur une note positive, et nous sommes dans l’attente du 1er décembre où, lors de la Première Journée Nationale de l’IPA (JNIPA) à Paris, le Dr Varoud Vial (qui pilote les travaux à la DGOS) viendra présenter les avancées du décret, peut être dans sa forme aboutie ?

A noter que, depuis le 23 octobre 2017, la page du ministère de la santé s’est enrichie d’une nouvelle fonction sur l’IPA, avec une fiche d’information. Si l’on regrette encore un manque de précisions sur les missions et compétences exactes de l’IPA, cette vitrine officielle place le déploiement de ce nouveau métier en France sous de meilleures auspices.

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Master en sciences cliniques infirmières Copil du Gic REPASI/ANFIIDE  Membre du comité de rédaction d'Infirmiers.com  fambrosino13@gmail.com

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