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Violence sexiste : former les étudiants en santé pour sensibiliser les futurs professionnels

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Médecin

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Les violences sexistes demeurent hélas un problème de santé publique d’ampleur mondiale, les femmes restant les plus affectées. Les professionnels de santé ont un rôle prépondérant à jouer dans la reconnaissance et le traitement de la violence, mais, malgré cela les recherches suggèrent un manque de confiance de leur part sur ce sujet. Comment optimiser la formation des soignants en la matière ? Une grande étude s’est penchée sur les stratégies éducatives mises en œuvre.

Violence sexiste : former les étudiants en santé pour sensibiliser les futurs professionnels

L’apprentissage en matière de violence sexiste devrait avoir une orientation pratique et viser à incorporer un élément interactif pour améliorer les résultats.

Selon une méta-analyse, il serait plus efficace de lutter contre la violence sexiste en offrant aux étudiants en santé une éducation et une formation plus pratiques pour identifier et réagir aux signaux d'alarme présents chez les patients qu'ils rencontreront dans leur vie professionnelle.

En effet, l’introduction de stratégies efficaces pour éduquer au mieux les professionnels de santé à détecter de potentielles violences sexistes contribuerait à réduire de façon significative l’enjeu sanitaire et social que représentent encore un grand nombre de victimes, majoritairement féminine, dans le monde entier. Rappelons que la lutte contre les violences sexistes reste un élément clé pour parvenir à un des objectifs de développement durable des Nations-Unies qu’est l’Egalité des sexes. Cependant, les données actuelles montrent que les professionnels de santé ne sont pas à l’aise avec cette problématique. Ils évoquent par ailleurs un manque de préparation.

En effet, les stratégies pédagogiques employées ne sont pas uniformes en quantité comme en qualité au niveau mondial. En outre, à ce jour, aucun de ces programmes n’a fait l’objet d’un examen approfondi pour juger de leur efficacité. Ainsi, cette revue de la littérature réalisée par des chercheurs de l’université de Birmingham (Royaume-Uni) axée sur l’international a tenté d’identifier les meilleures pratiques éducatives mises en place pour les étudiants en santé. Ils ont intégré dans leur recherche pas moins de six bases de données et 17 études portant sur des interventions pédagogiques.

Les établissements de santé doivent souvent concevoir et mettre en œuvre leurs propres politiques en matière de violence liée au sexe, ce qui peut entraîner des incohérences.

L’accumulation de connaissances ne suffit pas

Les résultats démontrent que les interventions interactives sont plus efficientes que celles plus didactiques. De même, les approches basées sur la pratique et l’apprentissage sont préférées à celles qui restent théoriques. Pour inculquer des changements d’attitudes et de comportements, la formation devrait être de plus longue durée. Autre point mentionné : les programmes d'éducation existants et futurs devraient accorder une plus grande attention aux formes plus larges de violence sexiste telles que les mutilations (notamment les mutilations génitales féminines), le mariage forcé, la violence verbale par humiliation et la traite des êtres humains.

Enfin, plusieurs différences de genres ont été notés dans plusieurs travaux. En effet, les femmes paraissaient plus performantes que les hommes dans ce domaine. Toutefois, des recherches supplémentaires s’avéreraient nécessaires avant de pouvoir jugée devrait se faire différemment en fonction du genre ou rester en groupe mixte.

La violence liée à l'appartenance sexuelle constitue une menace sérieuse pour la santé et la société des femmes du monde entier. Une formation durant les études en santé est essentielle pour façonner les réponses des professionnels, mais le personnel soignant comme les étudiants manquent de confiance en eux pour traiter la question, insiste Dana Sammut, membre de l’institut de formation en soins infirmiers de l’université de Birmingham. Les établissements de santé doivent souvent concevoir et mettre en œuvre leurs propres politiques en matière de violence liée au sexe, ce qui peut entraîner des incohérences. L’introduction de stratégies éducatives efficaces en matière de violence basée sur le genre pendant le cursus des étudiants permet de traiter ces problèmes le plus tôt possible dans la carrière des praticiens de la santé.

Tant qu'il y aura des centaines de milliers d'agressions sexuelles par an, 60.000 femmes excisées, des femmes réduites à l'esclavage sexuel, tant qu'il y aura 9 à 27% d'écarts de salaire, je vais continuer à réagir et je vous propose qu'on réagisse ensemble ! - Marlène Schiappa dévoile un plan contre l’excision

Repérage de la maltraitance et de la violence faite aux femmes, et conduite à tenir

L’ANFIIDE a organisé le 6 juin une journée d’information et de formation sur le repérage des violences faites aux femmes. L’article 51 dans la loi du 4 aout 2014 rappelle l’obligation de formation à un certain nombre de professionnels dont les infirmiers. Cette journée a réuni des intervenants de très grande qualité fortement engagés et impliqués pour cette cause. Le 1er commissaire indépendant anti esclavage, M. Hyland, les représentantes de la MIPROF : Mesdames Vermeille et Vacher, la responsable de l’Observatoire des violences envers les femmes en Seine Saint-Denis, Mme Ronai, la directrice de la plateforme téléphonique 3919, Mme Fabre, formatrice assistante sociale et Florence Jakovenko, infirmière clinicienne certifiée ainsi que les acteurs de la table ronde ont permis de comprendre que la formation était l’exigence pour repérer ces violences qui ne sont pas toujours visibles et trop souvent tues. Au regard du succès de cette journée et de l’intérêt majeur du sujet, l’ANFIIDE envisage d’organiser de nouvelles rencontres afin d’apporter sa contribution à ce problème de santé publique.

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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