AU COEUR DU METIER

Edito - Une grève des urgences soutenue par 92% des Français

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Exercer dans le privé

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Les Français se sentent profondément solidaires des soignants sur la crise aiguë des urgences et la santé des soignants se dégrade de façon préoccupante. C’est ce que nous apprend le dernier un récent sondage. On fait le point. 

Un mouvement qui s’amplifie

L’ensemble de la population – Français (77%) comme personnels hospitaliers et soignants (91%) – est conscient de la détérioration des services d’urgences.

La grève des urgences continue, avec un appel à une nouvelle manifestation nationale le 2 juillet prochain. Depuis plusieurs mois, des mouvements agitent les services d’urgence de plusieurs hôpitaux sur tout le territoire. Si certains soignants trouvent encore la force de chanter leur colère, d’autres craquent, avec, on l’a constaté ces derniers mois, la multiplication inquiétante d’arrêts maladie. Derniers en date, à Besançon, où les infirmiers et infirmières de nuit des urgences du CHU ont tous été placés en arrêt de travail lundi dernier. A Bordeaux également, plus de la moitié des aides-soignantes et infirmières des urgences de l'hôpital Saint-André n'ont pu assurer, mercredi 12 juin, leur travail pour raisons de santé, selon le collectif Inter-Urgences qui a dénoncé un sous-effectif quasi quotidien.

Le Syndicat CNI soutient aussi l'appel à mobilisation du 2 juillet du collectif Inter Urgences. Si les personnels des urgences sont en premières lignes face à la violence, ce sont tous les services de l'hôpital qui sont impactés par une politique de santé trop éloignée des réalités du terrain.

La manifestation du mardi 2 juillet, dont le thème est "On n'est pas des robots" partira à 11h30 du Ministère de l’économie et des finances (Bercy), direction le ministère ses Solidarités et de la Santé...

92% des Français soutiennent le mouvement

Dans ce contexte, le nouveau sondage Carnet de Santé Odoxa-MNH, rendu public le 27 juin, montre que le mouvement, qui touche une majorité des professionnels de santé/hospitaliers dans le pays (60% d’entre eux), bénéficie du large soutien de la population. 92% des Français et 96% des personnels et professionnels de santé hospitaliers soutiennent le mouvement.

Première raison à cette unanimité : d’abord parce que le tout le monde – Français (77%) comme personnels hospitaliers et soignants (91%) – est persuadé que les services d’urgences se détériorent. Ensuite, parce que nous sommes conscients que pour une large part, nous sommes nous-mêmes les premiers responsables de cette situation : 3 Français sur 10 (29%) avouent s’être déjà rendus dans des services d’urgences pour de "mauvaises" raisons, notamment par confort/facilité (plus facile que de trouver un médecin) et parce que cela évitait d’avancer des frais (1 Français sur 10). Et l’enquête relève à ce propos que les urgences ont été LA solution trouvée par plus d’1 Français sur 20 (6%) et surtout par 1 professionnel de santé sur 10 ayant été malade ces derniers mois : ils se sont rendus aux urgences pour soigner leur problème de santé au lieu de consulter leur médecin, peut-on y lire. 

Pour la première fois, une majorité de personnels hospitaliers se disent insatisfaits de leur travail. C’est d’ailleurs auprès des infirmièr(e)s (56%) et des aide-soignant(e)s (60%) que l’insatisfaction est la plus forte.

Des personnels hospitaliers en grande souffrance

Au-delà des urgences, on le sait, c’est tout l’hôpital qui souffre En atteste, d’abord, la dégradation de l’état de santé des soignants. Les personnels hospitaliers sont en mauvaise santé physique : 36% ont été affectés par un problème de santé au cours des derniers mois, soit 13 points de plus que la population générale et 3 points de plus que l’année dernière à la même époque. Mais c’est surtout sur le plan moral que les choses se gâtent. Pour la première fois, une majorité de personnels hospitaliers – 54% vs 46% l’année dernière– se disent insatisfaits de leur travail. A titre de comparaison, parmi la population générale, 22% des Français se disent insatisfaits de leur travail. C’est d’ailleurs auprès des infirmièr(e)s (56%) et des aide-soignant(e)s (60%) que l’insatisfaction est la plus forte.

Il y a donc urgence non seulement à s’occuper des urgences, mais aussi, plus globalement à traiter les problèmes de souffrances morale et physique des personnels hospitaliers. En bref, pouvoirs publics et citoyens, il faut penser à soigner nos soignants !, souligne Gaël Sliman, président d’Odoxa.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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