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"Pour ne pas être une bombe à retardement, je quitte la maison familiale"

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Epidémiologie

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Le 26 mars dernier, Peggy, infirmière libérale en Ile-de-France choisissait de quitter la maison familiale, de s'isoler afin de protéger sa famille. "Je vais continuer à soigner mes patients dans l'incertitude la plus totale de ce qu'il peut leur arriver, percevant des honoraires indécents. Je vais continuer à voir des gens mourir pendant que d'autres s'obstinent à sortir braver les règles de confinement car finalement pas tout à fait convaincus de la nécessité de rester chez eux..."

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La différence essentielle sera que, je vivrai tout cela seule, parce que aujourd'hui, c'est l’unique choix qui m'est offert. Est-ce donc comme cela que l'on traite les soi-disant héros ?

Je quitte la maison et ma famille pour aller m'installer dans un appartement généreusement prêté par une famille Saint maurienne que je ne remercierai jamais assez. Je fais ce choix par obligation de protéger ma famille car mon exposition au COVID-19 est maintenant quotidienne, sans protection adaptée à la contagiosité de ce virus. Le nombre des victimes et celui des décès continuent de croîtrent et nous nous apprêtons à faire face à un afflux massif de victimes qui ne pourront pas toutes être hospitalisées et que nous devrons suivre à domicile.

Il est inconcevable pour moi comme pour la majorité de mes confrères et consoeurs d'être des bombes à retardement pourvoyeurs du virus.

Nous implorons le gouvernement de nous faire parvenir le plus rapidement possible le matériel adapté, non périmé, nous assurant une protection optimale pour que nous puissions protéger nos patients, nos voisins, nos familles. Un nombre important de soignants est contaminé, trop déjà sont morts. Le COVID-19 est omniprésent , mais il n'occulte pas les autres pathologies. Les autres malades existent toujours et nous devons les prendre en charge en toute sécurité car beaucoup d'entres eux sont fragiles .

Nous ne demandons plus au gouvernement simplement des moyens, nous lançons un message de détresse absolue

Je quitte ma famille, mon foyer, pour une durée indéterminée, pour les protéger et ne pas porter la responsabilité de leur éventuelle contamination, et notamment de celle d'un de mes fils, porteur d'une pathologie pulmonaire que le COVID-19 terrasserait certainement. Je vais continuer à soigner mes patients dans l'incertitude la plus totale de ce qu'il peut leur arriver, percevant des honoraires indécents. Je vais continuer à voir des gens mourir pendant que d'autres s'obstinent à sortir braver les règles de confinement car finalement pas tout à fait convaincus de la nécessité de rester chez eux...

Je vais recevoir toujours plus de témoignages terribles du quotidien de mes pairs, entendre chaque jour l'annonce du nombre des victimes toujours plus grand lors des journaux télévisés, je vais très certainement appeler chaque jour le Samu, les pompiers, qui feront leur travail dans les mêmes conditions et qui évoqueront le même malaise que le mien, je prendrai un peu d'énergie sur mon balcon ou dans ma voiture en entendant les "hourras" sur les balcons ou aux fenêtres à 20h00.

La différence essentielle sera que, je vivrai tout cela seule, parce que aujourd'hui, c'est l’unique choix qui m'est offert. Est-ce donc comme cela que l'on traite les soi-disant héros ?

Prenez soin de vous et aidez-nous à stopper la propagation de ce cauchemar en restant à la maison.

Peggy, infirmière libérale. Ce texte a été publié sur sa page facebook le 26 mars 2020, à la veille de son "isolement".

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