COURS IFSI

Cours – Tout savoir sur « la relation d'aide »

Cet article fait partie du dossier :

Compétences infirmières

Christine Paillard explique ce qu'est le concept de relation d'aide et revient sur l'étymologie de ces différents termes.

Chaque mois, Christine Paillard, ingénieur pédagogique, propose d'analyser un mot, son étymologie et démontre son importance dans le domaine du soin ; un mot figurant dans son Dictionnaire des concepts en soins infirmiers – Vocabulaire professionnel de la relation soignant-soigné.

Infirmière avec un patient

La relation d’aide facilite la transformation psycho-sociale de l’individu pour comprendre les processus et les ressources qui lui sont propres.

Pour le Dictionnaire Électronique Chrétien de Troyes1, le verbe Aidier (en vieux français) vient du latin adjutare. L’aide est, pour le CNRTL2, l’action de porter secours aiudha  (attestée en 842), puis, au XIe s. avec ajude3.

La relation est un nom féminin emprunté au latin  relatio signifiant action de rapporter un fait, un témoignage et lien, rapport. Les relations sont humaines4 à partir de 1657 et définissent un ensemble de relations qu'ont entre eux, à l'occasion de leur travail, les membres d'une entreprise, lien entre des personnes. En 1755, les relations deviennent sociales5.

Si l'aide relève de l’action du verbe transitif aider, elle est aussi une action facilitatrice ayant pour objet l’accomplissement d’une chose, d’un projet, d’un échange. Elle peut être matérielle, physique, morale, spirituelle. Dans un contexte sanitaire et social, la relation implique une liaison humaine réelle entre deux individus. Ce type de relation est caractérisé par des rapports interpersonnels avec des objectifs transversaux (faciliter un soin, recueil de données,…). L’humanitude en détermine le contenu. Dans le soin infirmier, cette interaction est méthodologique. Elle implique également la notion de sollicitude. Le soignant contribue à rechercher la satisfaction de la personne soignée en favorisant l’expression du besoin d’aide. Les objectifs relèvent ici de la psychologie humaniste. Ce qui  implique la prise de conscience des relations interpersonnelles. Pour Carl Rogers, la relation d’aide n’est pas une relation amicale. Elle a pour essence des échanges constructifs, une réciprocité qui sous-entend une compréhension mutuelle, donner et recevoir. Cette approche centrée sur la personne est perçue, reçue comme une opportunité de laisser libre cours à l’expression de ses sentiments, en présence d’un intervenant préparé. La relation d’aide facilite la transformation psycho-sociale de l’individu pour comprendre les processus et les ressources qui lui sont propres. Formé, le soignant saura mettre en place des attitudes non directives pour faire émerger les ressources internes des personnes écoutées afin de faciliter un soin, recueillir des informations, contribuer à une démarche pédagogique. Un lien de confiance sera créé. La personne soignée s’impliquera davantage dans son parcours  hospitalier. Les outils, dits rogeriens permettent au  patient de se sentir considéré dans sa singularité :

  • la congruence (l’authenticité) :  il s’agit d’être en accord avec les émotions et les réflexions suscitées en nous par  la personne écoutée. Ce comportement réaliste implique une certaine disponibilité à accueillir les souffrances et les causes. C. Rogers développe l'hypothèse que le changement de la personne se trouve facilité lorsque le thérapeute est ce qu'il est. Il ne sert à rien de faire semblant d’être accueillant si le soignant ne l’est pas ;
  • l’écoute active est une écoute bienveillante qui implique un silence intérieur, ce qui exclut un questionnement immédiat, le fait d’émettre ses propres idées, d’interpréter, suivant ses propres valeurs et enfin, de ne pas interrompre le flot de paroles de la personne présente. L’écoute active se concrétise avec la reformulation qui résume l’histoire de la personne. L’attitude du soignant (congruence, communication para verbale) permet d’exprimer son degré d’attention pour aider et favoriser le développement de la relation. Le soignant saura rester neutre, indépendant et distinguer les sentiments de la personne soignée, des siens ;
  • l’empathie, pour Carl Rogers, est une meilleure compréhension, dite empathique et qui consiste en la perception correcte du cadre de référence d’autrui avec les harmoniques subjectives et les valeurs personnelles qui s’y rattachent. Percevoir de manière empathique, c’est percevoir le monde subjectif d’autrui "comme si" on était cette personne – sans toutefois jamais perdre de vue qu’il s’agit d’une situation analogue, comme si. Psychothérapie et relations humaines ;
  • le non jugement est une démarche intellectuelle qui induit l’expression d’opinions forgées sur des valeurs personnelles dominantes, ce qui peut être un obstacle à la progression de l’autre dans une relation d'aide. La relation d’aide doit s'établir sans jugement de valeur, dans un climat de confiance pour réduire cette crainte naturelle d’être jugé par une personne représentante de l’autorité. Pour aider la personne à se libérer, le soignant peut verbaliser, par exemple  des  valeurs  positives ;
  • la reformulation est l’art  d'extraire du contenu communiqué, le sentiment inhérent à ses paroles et à le lui communiquer sans le lui imposer. La reformulation de contenus de dialogue permet, dans un premier temps, de mesurer notre compréhension du problème de la personne, et de rassurer celle-ci, dans un deuxième temps. Une écoute attentive demande une implication personnelle entre l’émetteur et le récepteur. La reformulation a pour objectifs de synthétiser, de prendre part au processus de changement, d’inviter au développement de l’émergence des émotions, des expériences refoulées.

Pour aller plus loin : FRIARD, D et RANDIN, J-M et al. La relation d’aide [Dossier]. Santé mentale. N°195. Février 2015. Pp22-73

Notes

  1. Dictionnaire Électronique de Chrétien de Troyes. LFA / Université d'Ottawa - ATILF / CNRS & Université de Lorraine 2015. Disponible ici
  2. Serm. de Strasb., Bartsch, Chrest., 3eéd., col. 3 dsGdf. : Si salvarai eo cist meon fradre Karlo. Cité par le CNRTL.
  3. Alexis, éd. Paris et Pannier, 107 e : Quer par cestui avrons nos bone ajude Cité par le CNRTL.
  4. (PASCAL, Provinciales, XVII, éd. R. Lafuma, p. 455 Cité par le CNRTL.
  5. (Rousseau, Discours sur l'inégalité, p. 184) Cité par le CNRTL. le carrousel de Carl R. Rogers
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Ingénieur pédagogique Rédactrice Infirmiers.com

L'auteur

Christine Paillard est docteure en sciences du langage, diplômée en ingénierie pédagogique et titulaire d'une licence en information et communication. Ingénieure documentaire, elle accompagne les étudiants infirmiers à l'acquisition de compétences informationnelles pour remobiliser une démarche documentaire dans une logique professionnelle et universitaire.

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Commentaires (1)

binoute1

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446 commentaires

#1

et sinon ...

les cordonniers sont quand même vachement mal chaussés (et je pèse mes mots)