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Binôme infirmier/aide-soignant : je t’aime, moi non plus !

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Profession infirmière et législation

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Ça y est ! Les travaux de ré-ingénierie du Diplôme d'Etat d'Aide-Soignant (D.E.A.S) ont repris depuis plusieurs semaines au sein du ministère de la Solidarité et de la Santé. Réflexion aboutie par un engagement inscrit au plan Santé 2022, et présentée en février 2018, la transformation du métier d'aide-soignant ne pouvait préalablement être envisagée sans une refonte majeure de sa formation initiale.

Binôme infirmier/aide-soignant : je t’aime, moi non plus !

"L'état des lieux du métier d'aide-soignant [...] est aussi une manière de renouveler, in fine, le binôme IDE/AS dans le cadre du rôle en collaboration"

D'abord reconnaissance institutionnelle de cette profession d’aide-soignant, essentielle de la chaîne de soins, en lui insufflant une nouvelle dynamique et de nouvelles perspectives professionnelle. L’état des lieux du métier d'aide-soignant, observé par le prisme de son référentiel de formation, est aussi une manière d'identifier officiellement des compétences exercées officieusement afin de renouveler, in fine, le binôme IDE/AS dans le cadre du rôle en collaboration.

IDE/AS : tu veux ou tu veux pas ?

Binôme soignant au service du patient, la relation indéfectible entre ces deux professionnels de santé n'en est pas moins, parfois, compliquée et peut être l'endroit d'un malaise qui se nourrit goulûment du glissement de tâches, de sentiment d’illégitimité, de prés carrés bien délimités où chacun s'arrête à sa frontière... Tant d'éléments disruptifs qui viennent contraindre la qualité des soins et ternir la qualité de vie au travail de professions où cette dernière est déjà compliquée à obtenir !

La relation indéfectible entre ces deux professionnel de santé n'en est pas moins, parfois, compliquée...

Néanmoins, les soins en collaboration, au lieu d'être une attitude systématique, apparaissent souvent comme une variable d'ajustement affective dans des relations inter-professionnelles. Natacha, aide-soignante, explique : quand j'apprécie l'infirmière je lui donne un coup de main, même si on dépasse un peu nos compétences. Par contre, je ne le fais pas pour tout le monde. Certaines infirmières sont dans la salle de soins ,à faire je ne sais quoi, sans nous aider. Celles-là, elles se débrouillent !. Poursuivant la même logique, Arnaud, infirmier, ajoute le matin on cherche partout les aides-soignants pour emmener d'urgence les bilans au laboratoire car, nous, on est occupé. Au bout d'un moment, on les retrouvent dans une chambre à faire une toilette. Y en a bien un qui pourrait se détacher, on peut très bien faire une toilette tout seul !

Bien loin s'en faut, cas unique n'est pas généralité. Cependant, force est de constater que ces extraits de témoignages ahurissants retentissent dans nos propres expériences soignantes comme des situations de soins passées, vécues ou entendues... En prenant de la hauteur sur cette problématique centrale de la collaboration du binôme IDE/AS, ne pourrions-nous pas en considérer l'essence comme, avant tout, une question de méconnaissance de l'autre et de ses compétences entraînant quelque fois de la défiance ?

Considérer l'essence du problème comme, avant tout, une question de méconnaissance de l'autre et de ses compétences.

La formation initiale, creuset du soignant

Depuis la réforme universitaire du cursus infirmier, le fossé pédagogique entre les étudiants infirmiers et les élèves aides-soignants semble davantage marqué qu'auparavant. Peu évolutive, plus pratique que théorique (6 mois de stages pour 10 mois de formation), la formation des futurs aides-soignants ne les fait que peu fréquenter les bancs des instituts au privilège de l'apprentissage de terrain. Désormais, a contrario, la volonté, qui s’avérait nécessaire, d'intégration au parcours LMD des étudiants infirmiers afin de leur reconnaître un niveau licence, ticket d'entrée pour une poursuite des études dès l'obtention du diplôme d'état, a modifié intrinsèquement l'organisation des apprentissages infirmiers, passant de fait à un statut de formation vers un statut d'études universitaires.

L'aspect élémentaire de la complémentarité IDE/AS, au quotidien, se réalise en partie lors de la formation...

Ainsi, alors que les étudiants infirmiers voient leurs apports théoriques se densifier pour mieux répondre aux futurs attendus de polycompétences, les néo-aides-soignants se construisent essentiellement sur les terrains de stages sans être mis en perspective intellectuelle de leurs collègues avec lesquelles ils travailleront de pair au service du patient. Au lieu de cheminer partiellement ensemble pour mieux se connaître, reconnaître en l'autre ses limites, ses attributions, chacun évolue dans son coin sans forcément s'attarder sur celui ou celle qui deviendra à terme un incontournable binôme de travail. Dommage, lorsque l'on sait que la construction de l'identité professionnelle, donc de l'aspect élémentaire de la complémentarité IDE-AS, au quotidien, se réalise en partie lors de la formation...

IDE/AS, esprit de corps au service des cœurs

Atténuer les différences, ce n'est pas pour autant les gommer. L'un et l'autre n'exerceront jamais toutes les compétences de son pendant, chacun doit s'en rassurer et cela serait un non-sens à la raison d'être de ces deux professions. Construire des liens de formation, c'est plutôt développer in vivo chez les étudiants infirmiers et les élèves aides-soignants une vision plus collaborative dans leurs relations inter-professionnelles.

Instituer des habitudes de travail commun qui ne deviendront plus obligation mais nécessité impérieuse à la bonne musicalité entre le binôme IDE/AS qu'ils formeront à terme. Finalement, c'est construire une réelle force soignante, englobant de nombreuses facettes du soin, pour garantir une prise en soins de haute qualité, à la fois technique, théorique et humaine, à la hauteur des enjeux de santé publique tout en ayant pleinement intégré l'enjeu médico-légal et statutaire.

Un esprit de corps soignant au service du cœur des soignés qui serait sans nul doute une preuve que soigner n'est pas une petite cuisine individuelle, menu complet où chacun viendrait y déposer son plat sans se soucier des autres, mais plutôt une recette collective, un travail d'équipe pluridisciplinaire, dans laquelle chaque ingrédient compte !

Construire des liens de formation, c'est développer une vision plus collaborative dans les relations inter-professionnelles

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Aide-soignant MITHA - Service de Santé des Armées - Ministère des Armées

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Commentaires (1)

Allo?_pital_?

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57 commentaires

#1

Le Binôme IDE-AS, c'est d'abord du respect réciproque !

C'est tout d'abord, considérer quotidiennement le travail à effectuer de manière globale (et non pas individuellement). Parfois les soins d'hygiène et de confort sont plus lourds que le tour de pansement et d'injection, et parfois c'est l'inverse. Chacun peux aider l'autre quand on travaille avec des collègues bienveillants. l'AS exerce sur "délégation" d'une partie du rôle propre de l'infirmière (j'ai bien écris "délégation" et non "relégation")... à la base c'est bien l'infirmière qui devait s'en occuper mais dans l'organisation de la journée de travail, elle délègue une partie à l'aide-soignante car elle ne peux pas tout réaliser. L'infirmière doit donc maîtriser parfaitement son rôle propre (se qui est de moins en moins le cas) et elle reste garante de la bonne exécutions des surveillances et des soins d'hygiène et de confort.

Ce que je constate quotidiennement (et partout où je vais) c'est que majoritairement mes collègues "Relèguent" complètement certains soins et surveillance aux AS, sans coordination, sans contrôle, ni même sans apporter leur aide...

La fonction IDE et AS se sépare et c'est chacun pour soi... J'ai surpris nombreux de mes collègues (et aussi des cadre de santé) en exigent une relève commune, une coordination dans la journée de travail et un tour en Binôme... On commence à deux, on fini a deux ! Hey oui... après 16 ans de diplôme je continus, à faire du ménage, mettre et enlever des bassins, répondre aux sonnettes, participer aux levés et aux couchés, et je reste attentif aux préventions d'escarres, dénutrition et déshydratation, etc... mais ça va dans les deux sens... l'entraide est réciproque, hors de question que je corve seul pendant que ma collègue fume sa 4 ème cigarette de l’après-midi... c'est une question de respect et d'équité... j'aide volontiers quand je peux mais il faut que cela reste réciproque... sinon je me prive pas de remettre les choses en place... Mon surnom est Shreck (L'Ogre au grand cœur)...