AU COEUR DU METIER

Edito – "Passer d’une profession "vocation" à une profession "à haute valeur ajoutée""

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Exercer dans le privé

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Opportunité historique ou rendez-vous manqué… nous saurons très vite si les conclusions du Ségur de la Santé, lancé par Olivier Véran, apportent à la profession infirmière ce qu’elle attend de longue date. Et il semblerait bien que non ! Au-delà de la seule revalorisation financière qu’elle mérite, c’est la véritable reconnaissance de son rôle central au sein d’un système de santé en pleine mutation et une meilleure valorisation de ses compétences qui sont attendues. L’Ordre national des infirmiers (ONI), seul représentant de la profession au Ségur (avec la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers) souhaitait peser fortement sur les décisions. De fait, il a largement consulté l’ensemble des infirmiers et s’est appuyé sur des experts du milieu de la santé pour proposer "sa contribution". Lors d’une interview vidéo, Patrick Chamboredon, Président de l’ONI, nous rappelle combien, face à des enjeux forts de santé publique, après une crise sanitaire qui les a révélés, les infirmiers "sont la solution à n’en point douter" et que leur reconnaissance professionnelle sera plus encore "au service d’un meilleur soin et d’un meilleur accompagnement des patients".

Si des évolutions sont nécessaires pour la profession infirmière, elles sont surtout indispensables pour garantir une prise en charge des patients de qualité, rendre notre système de santé plus durable, plus efficace, et plus humain, et lui permettre de relever les enjeux qui se présentent à lui : vieillissement de la population, augmentation des besoins de santé, des maladies chroniques… C’est cette approche qui a guidé l’Ordre National des Infirmiers dans la réalisation de sa Contribution au Ségur de la Santé1 , souligne son Président Patrick Chamboredon. Nos propositions n’ont qu’une vertu : construire la pratique infirmière de demain pour l’ensemble des usagers du système de santé.

Ecoutez Patrick Chamboredon, Président de l’Ordre national des infirmiers, répondre aux questions d'Infirmiers.com

94% des infirmiers consultés considèrent que notre système de santé, tel qu’il est organisé aujourd’hui, "n’a pas la capacité de répondre aux grands enjeux sanitaires de demain (vieillissement de la population, maladies chroniques, désertifications médicale…)" et 98% des infirmiers pensent que "notre système de santé devrait être plus orienté vers la prévention et l’éducation thérapeutique".
Alors que les textes qui encadrent l’exercice de la profession infirmière n’ont pas évolué depuis 2004, il est évident que le rôle et la place des infirmiers à travers le monde ont, eux, largement évolués. La France doit s’engager dans cette dynamique et reconnaître aux infirmiers un véritable statut de "professionnels de santé", le terme auxiliaire médical n’étant plus du tout adapté à la réalité du métier. Il s’agit donc de démontrer, une fois encore, ce qui devrait être acquis : la profession doit acquérir une plus grande autonomie pour une meilleure prise en charge des patients, son rôle en termes de prévention et d’éducation doit être valorisé, mais également celui de "pivot" entre la ville et l’hôpital. Element d’importance, en amont, cela suppose la nécessaire revalorisation de la formation infirmière et son inscription pérenne dans une filière universitaire en sciences infirmières. Forts de leurs acquis et de leurs compétences, une meilleure représentation des infirmiers est attendue dans le système de santé.

Moins d'un infirmier sur deux se dit "satisfait de son métier" et 70% "ont le sentiment que leurs conditions d'exercice se sont dégradées au cours des 5 dernières années". Avec le recul, moins d'un infirmier sur deux choisirait à nouveau ce métier.

Une profession riche de quelques 744 000 infirmiers pour répondre aux défis de demain*

  • Défi sanitaire : l’infirmier permet de maintenir la qualité des soins dans un contexte d’augmentation de la demande de soins ;
  • Défi structurel : l’élargissement de son rôle améliore la productivité du système tout en revalorisant le rôle des médecins ;
  • Défi organisationnel : sa plus grande autonomie permet de réduire les délais de prise en charge des patients au sein des structures existantes ;
  • Défi démographique : l’évolution des effectifs infirmiers compense la baisse de la densité de médecins généralistes dans un contexte de vieillissement de la population ;
  • Défi économique : l’élargissement des compétences de l’infirmier génère d’importantes économiques.

*Selon le rapport du Cabinet Asterès


A l'issue d'une dernière et longue séance de négociations menée dans la nuit de mercredi à jeudi, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, a rendu sa copie visant à revaloriser significativement les métiers hospitaliers. Le protocole d'accord qui en résulte, soumis aux syndicats, est à l'heure actuelle étudié par leurs bases et ils sont appelés à le signer (ou non) lundi 13 juillet, le Gouvernement souhaitant "boucler" le Ségur de la Santé le vendredi 17 juillet. Vues les premières réactions, la proposition est loin de faire l'unanimité, engendrant une fois encore plus de déception que d'enthousiasme, notamment sur le volet salaire : les soignants attendaient 300 euros net/mois de revalorisation, cela ne sera que 180 euros net... et encore en deux fois (septembre 2020 et mars 2021)... Pour le reste, bien des mesures demandent à être explicitées pour en percevoir leur application concrète.

Ce matin, Olivier Véran a donné quelques informations complémentaires à ce sujet sur le plateau de RMC/BFMTV, invité de Jean-Jacques Bourdin. Ses arguments très optimistes n'ont pas du tout convaincus la communauté infirmière. Par voie de communiqué, 30 organisations infirmières, rappelant ne pas avoir pu prendre part aux négociations du Ségur de la Santé, rejettent avec force et fermeté la proposition de 180 euros d'augmentation mensuelle (net) qui ne correspond pas aux promesses qui nous ont été faites et qui, en outre, ne corrigera pas la discrimination salariale des corps soignants à prédominance féminine et demandent à être reçues en urgence par les instances gouvernementales pour que la promesse faite par le Président de la République Emmanuel Macron soit honorée. Si la crise sanitaire est selon Olivier Véran, maîtrisée, la crise de la profession infirmière ne semble pas à ce jour jugulée...

95% des infirmiers consultés souhaitent voir le Ségur de la santé déboucher sur des évolutions conséquentes pour la profession infirmière. Si 40% des infirmiers consultés pensent que le Ségur leur bénéficiera avec quelques améliorations , 44% estiment que le Ségur ne les impactera pas et 13% considèrent même que les conditions d’exercice vont encore se dégrader.

Note

  1. Ce document s’appuie notamment sur « Le Livre blanc de la profession infirmière (2019) », les résultats de 3 consultations de l’ensemble de la profession infirmière - entre 61 000 et 70 000 répondants - effectuées entre avril et juin 2020, les retours des élus locaux de l’Ordre des infirmiers et de nombreux échanges avec des experts du milieu de la santé, ainsi que le rapport du cabinet Asterès qui a étudié les effets d’un élargissement des compétences des infirmiers sur la prise en charge des patients, l’organisation des soins, ainsi que son impact économique.

A lire - Contribution au Ségur de la Santé de l’Ordre National des Infirmiers

Susie Bourquin
Journaliste reporter d’images, Infirmiers.com
susie.bourquin@infirmiers.com
@SusieBourquin

Bernadette Fabregas
Rédactrice en chef Infirmiers.com
bernadette.fabregas@infirmiers.com
@FabregasBern

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Commentaires (1)

mbpierre

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5 commentaires

#1

Voeux pieux

c'est pas encore demain la veille qu la profession va devenir adulte quand on entends les réactions satisfaites de pas pas mal d'IDE et de la CFDT sur les "avancées" du ségur de la santé et des 180 euros avant impôts octroyés comme une aumône on croit cauchemarder
ça fait des décénnies que ça fonctionne ainsi de la faute de la profession elle meme

restons les mals lotis de l'europe