PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Caroline, l'infirmière qui crée le buzz !

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Il y a peu de temps encore, l'humour de Caroline Estremo était inconnu de tous. De tous, sauf de son entourage et de ses patients. Avec son sketch « Infirmière aux urgences » diffusé sur sa page Facebook, le 16 septembre dernier, cette Toulousaine de 28 ans en poste aux urgences du CHU de Purpan a crée un buzz général. Les médias se l'arrachent, à croire que l'humour fait la différence quand on parle de la souffrance des soignants. Interview.

Infirmiers.com : Comment est née l'idée de réaliser ce sketch ?

Caroline Estremo

Avec son exubérance et son humour, Caroline a attiré l'attention des médias français sur les déboires de la profession infirmière.

Caroline Estremo : Suite au très bel hommage d'Anne Roumanoff aux infirmiers, qui a notamment fait le tour des réseaux sociaux, j'ai eu envie d'y répondre en écrivant un commentaire. Puis, au fur et à mesure, des idées amusantes me sont venues et je me suis dit : Non, oublie le commentaire, écris un sketch et joue-le !

En premier lieu, je voulais faire rire mes collègues et uniquement eux ! Le but n'était pas que la vidéo prenne autant d'ampleur et soit associée aux revendications appuyées de la communauté infirmière. Finalement, c'est formidable que le sketch soit devenu si viral. Moralité je parle maintenant partout dans les médias !

Infirmiers.com : Cela fait des mois que la communauté infirmière tente de se faire entendre, notamment par des manifestations, des lettres ouvertes et des pétitions. Vous, vous postez une vidéo humoristique sur Facebook et le « monde entier » a les yeux rivés sur vous. Comment l'expliquez-vous ?

Caroline Estremo : Cela fait des mois, probablement même des années que les infirmiers tentent de se faire entendre, effectivement, et ils ont raison de le faire. C'est comme cela que sont imposés les Droits de la femme. Des personnes se sont révoltées. Alors heureusement qu'aujourd'hui il y a encore des gens qui descendent dans la rue, qui se mobilisent pour nos droits. Mais, malheureusement, je pense que nos tutelles ont l'habitude de faire fi de nos revendications et que cela ne les intéressent guère, voire pas du tout... Avec cette vidéo, les mêmes choses ont été dites mais cette fois-ci avec humour. Et c'est peut-être pour ça qu'elles ont davantage été entendues. Ce qui fait la différence, c'est le ton employé. Enfin, je suppose…

J'ai juste assez d'humour pour relater le quotidien des infirmières qui aujourd'hui est devenu très compliqué.

Infirmiers.com : Aujourd'hui, vous avez les plateaux TV, la presse féminine vous encense et la communauté infirmière salue votre manière très décalée de parler du métier, quel message aimeriez-vous faire passer à l'opinion publique ?

Caroline Estremo : Avant tout, je souhaite sensibiliser les gens pour qu'ils arrêtent de venir aux urgences pour raisons dérisoires parce que ça augmente inutilement le flux. De ce fait, nous avons beaucoup moins de temps à consacrer aux patients qui en ont réellement besoin. Ensuite, le message que je souhaite faire passer c'est notre besoin urgent en effectifs. Obtenir davantage de moyens est devenu primordial pour nous, soignants, mais aussi pour les patients.

Je sais que certains attendent de moi que je me fasse porte-parole de la cause infirmière. J'ai été sollicitée par des personnes syndiquées qui m'ont demandé de faire passer certains messages. Mais je n'ai pas assez de recul et de connaissances pour devenir le porte-parole de la profession. D'ailleurs, je n'en ai pas la prétention. J'ai juste assez d'humour pour relater le quotidien des infirmières qui aujourd'hui est devenu très compliqué. Après, si cela peut aider nous aider à nous faire entendre, tant mieux.

Regarder le sketch de Caroline Estramo

Infirmiers.com : Avant cette extraordinaire aventure médiatique, comment étiez-vous perçue dans votre service ?

Caroline Estremo : Je pense que le regard des autres n'a pas changé. On m'a toujours vue comme quelqu'un « d'exubérant qui aime faire rire ». Mes collègues n'étaient pas surpris que je réalise ce sketch. Toutefois, ils ont été aussi étonnés que moi par son ampleur. Je ne fais pas partie de ces gens qui composent selon le contexte. Je suis tout le temps spontanée et remplie d'idées « folles » au travail comme ailleurs.

En premier lieu, je voulais faire rire mes collègues et uniquement eux !

Infirmiers.com : Vous avez repris le travail avant-hier,  comment s'est passée votre reprise ?

Caroline Estremo : Quand je suis arrivée dans mon service, beaucoup de personnes que je ne connaissais pas m'ont chaleureusement saluée. Mes collègues m'ont demandé s'ils avaient toujours le droit de m'embrasser désormais (rires). Ils ont imprimé plusieurs portraits de moi pour que je signe des autographes (rires). C'était marrant et bon enfant.

Mes chefs m'ont dit : Dites donc, nous ne savions pas que vous aviez ce talent-là ! Après avoir vu mon passage dans « La nouvelle édition », mardi dernier, mon cadre a estimé que j'avais très bien évoqué les dysfonctionnements aux urgences. Il s'est dit fier de moi. Une première et c'est agréable ! (rires) Le directeur de communication du CHU (ndlr : de Toulouse) a également trouvé mon intervention humaine et spontanée.

Infirmiers.com : Nous ne doutons pas que ce succès vous donne d'autres idées, on se trompe ?

Caroline Estremo : J'essaie de ne pas m'emballer. Là, ça fait le buzz, je ne m'y attendais pas du tout. Cela peut monter très haut comme ça peut redescendre très vite, donc je me dis qu'il faut que j'en profite à fond. Après, c'est sûr que si ça peut être un petit tremplin pour d'autres projets, je suis totalement pour. Devenir humoriste ou comédienne, ce serait formidable puisque c'est un rêve d'enfant. Mais déjà, je vais commencer par imaginer un autre sketch (toujours sur le métier) et on verra ce que donne…

Changes de job et va sur scène rien que pour les applaudissements et... la paie aussi !

Qu'en pensent les infirmiers… et les médias ?

Caroline Estremo dans la nouvelle édition

Depuis quelques jours, Caroline Estremo fait le tour des rédactions : la Dépêche, Elle, Madame Figaro, Femme actuelle, le Huffington post… Elle est sollicitée de toutes parts. Mais en diffusant son sketch, la Toulousaine n'a pas uniquement attiré l'attention du grand public. Sa vidéo a aussi fait réagir infirmiers et aides-soignants qui, dans le contexte actuel, semblaient en avoir besoin. C'est super marrant. Il faut dire qu'en ce moment rire est difficile avec ce qu'on nous fait vivre dans nos services, merci pour ce petit moment de bonheur !!! L'humour et l'autodérision, c'est tout ce qu'il nous reste pour tenir, elle est géniale ! En tant qu'aide-soignante, le travail n'est pas le même, mais on si retrouve ! Certains espèrent d'ailleurs la voir un jour sur les planches et l'y encouragent. Superbe ! Sur scène rapidement, j'espère. Une infirmière sera enfin entendue et surtout écoutée, changes de job et va sur scène rien que pour les applaudissements et... la paie aussi !.

Sa vidéo a aussi fait réagir infirmiers et aides-soignants qui, dans le contexte actuel, semblaient en avoir besoin.

Toutefois, le sketch de la soignante a heurté certaines infirmières, notamment celles travaillant en milieu scolaire, avec un passage particulier dans lequel elle évoque leur prise en charge. C'est vrai qu'être infirmière scolaire c'est vachement moins glamour qu'exercer aux urgences. Mais nous aussi nous sauvons des vies. A coup de biscottes peut-être, mais nous passons beaucoup de temps avec nos patients, je suis infirmière scolaire et oui la biscotte peut être d'un grand secours en cas de petit-déjeuner oublié. Mais surtout, elle permet de discuter avec nos ados en très grande difficulté. A cela, Caroline répond sans langue de bois : pendant un temps, j'ai moi-même pensé à devenir infirmière scolaire. Je sais très bien qu'elles ne donnent pas que des biscottes ! Elles font de la prévention, de l'éducation... certaines s'investissent à fond avec leurs élèves. Je ne les diminue pas du tout, au contraire. Ce passage était juste destiné à marquer un contraste avec l'infirmière narcissique qu'on peut parfois rencontrer aux urgences. C'était aussi une façon de dénoncer l'image erronée qu'on se fait souvent d'elles. Ce que certains ont d'ailleurs bien compris... Honnêtement, elle ne donne pas son opinion personnelle sur les infirmières scolaires mais plutôt l'image que les gens s'en font, ce qui est assez juste, tout le monde sait que l'infirmière en réa, aux urgences ou "néonat" occupe un poste plus "valorisant" dans l'esprit du citoyen lambda que celle qui bosse en milieu scolaire ou en EHPAD... il n'y a vraiment pas de quoi en faire un plat !

Pour les soignants, l'important reste donc la réalité de leurs dures conditions de travail que Caroline a très bien su décrire. Elle résume si bien ce que nous vivons en permanence !, se prononce d'ailleurs l'un d'entre eux. Une chose est sûre : la profession lui adresse aujourd'hui un grand « merci ! ».

Le passage sur les infirmières scolaires était juste destiné à marquer un contraste avec l'infirmière narcissique qu'on peut parfois rencontrer aux urgences. C'était aussi une façon de dénoncer l'image erronée qu'on se fait souvent d'elles.

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Gwen HIGHT  Journaliste Infirmiers.comgwenaelle.hight@infirmiers.com@gwenhight

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Commentaires (2)

martal59

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1 commentaires

#2

infirmière scolaire

je suis infirmière à l'Education Nationale (après être aussi passé par un service d'urgence et d'autres services hospitaliers) et je dois dire que la distribution de biscottes a du mal à passer!!!

j'ai 600 élèves dans mon collège sous ma responsabilité et des écoles de secteur, et je n’arrête pas de la journée!!!et pas une biscotte distribuée!

En effet pas de médecin ni de collègues avec moi, je suis seule et dois faire rapidement mon diagnostic infirmier, en cas d’urgence pas le droit à l'erreur et après les premiers gestes effectués seule, je passe le relais au service d'urgence dont tu fais partie Caroline.

Je ne t'en veux pas, pour avoir fréquenté le service d'urgence de l’hôpital de ma ville j'ai en effet vu que vous étiez toujours surbookées et souvent pour des cas qui relèvent de la médecine de ville et je trouve ton sketch super!!!

Bon courage, continue de nous faire sourire mais sans les biscottes!!!

coe2

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36 commentaires

#1

le pire est à venir !!

Et oui, c'est ça le boulot aux urgences.... actuellement!
J'ai travaillé aux urgences à la sortie de mes études en ...... 1979. A cette époque, j'ai connu les "vraies" urgences" qui nous retenaient jusqu'à des 2 ou 3H du matin, voire +, car nous opérions dans la foulée. Très formateur ...... dans la misère et la souffrance des patients et leurs familles. A présent, cela ressemble à de la consommation, de quoi se poser la question sur l'évolution de la profession.
Mais, bon, pourquoi se prendre la tête, quant à la retraite, après 45 ans de boulot, on se retrouve avec 1120 € de retraite et cassée partout !!
Jai l'impression que, plus nous voulons faire reconnaître notre profession, plus la société, à commencer par les institutions, nous dénie.
Allez, bon courage à vous, et avec humour (l'humour étant le reflet de l'intelligence), c'est sans doute se qui va sauver la profession