PUERICULTRICE

JNE 2018 : « un enfant, ce n’est pas un adulte en miniature ! »

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Pratique avancée

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Les 43 èmes Journées Nationales d’Etudes de l’ANPDE (JNE) se sont déroulées du 13 au 15 juin à la Rochelle. L’occasion pour les infirmiers puériculteurs1 de se retrouver, de partager et surtout d’évoquer la réingénierie de leur spécialité ainsi que leur besoin de reconnaissance. Une enquête l’a démontrée, leur qualité de vie au travail est en berne, et avec les importants chantiers qui s’annoncent (universitarisation, pratique avancée), ils espèrent des changements et une vraie revalorisation de leurs compétences.

Charles Eury ANPDE congrès 2018

Charles Eury, le président de l’Association Nationale de Puériculteurs (ANPDE) s’est exprimé sur les principaux sujets d’actualité concernant la spécialité.

200 g d’odorat, 2 dl d’imaginaire, une tasse de respect, 100g de sucre d’attention, 50 cl de patience, 1 mesure d’énergie ou 2 dl de souplesse (…), sans oublier les oreilles à tonalité réglable et les yeux multidirectionnels, telle serait la recette pour faire un bon professionnel de l’enfance selon Béatrice Granger, la représente de l’association Nationale des Auxiliaires de Puériculture (ANAP) qui est intervenue dans le cadre des Journées Nationales d’Etudes de l’ANPDE.

Même si c’est dit sur le ton de l’humour, prendre en charge des enfants nécessite des compétences spécifiques. A l’heure actuelle, la puériculture demeure la spécialité la plus plébiscitée avec 20 699 puériculteurs et puéricultrices en France d’après les dernières données de la DREES. La majorité d’entre eux exerce dans le secteur hospitalier (60%) et les autres dans diverses structures principalement dans les Centres de Protection Maternelle et Infantile (PMI) et modes d’accueil (structure accueillant de jeunes enfants : crèche collective, crèche familiale ou halte garderie). L’activité libérale commence quand même à se développer malgré les difficultés statutaires car on le sait, il n’y a pas de nomenclature spécifique pour les puéricultrices. Le temps supplémentaire passé avec l’enfant et les compétences propres ne sont pas valorisés financièrement, explique Charles Eury, le président de l’ANPDE.

Un nouveau gouvernement : une nouvelle dynamique

En ce moment de nombreux « chantiers sont en cours » qui vont transformer ou du moins « moderniser » l’exercice de puériculture. L’an dernier, Agnès Buzyn, récemment nommée ministre des Solidarités et de la Santé, avait fait le déplacement à Issy-les-Moulineaux lors des JNE 2017 pour montrer son soutien envers cette profession. Effet d’annonce ou vrai désir de changement ? Apparemment, le gouvernement souhaite réellement mettre l’accent sur le parcours de soins. On est dans une bonne dynamique. La stratégie nationale de santé est parue, avec comme objectif le souhait de renforcer la PMI. Donc, on constate un réel intérêt pour l’enfant et les familles. De plus, il y a eu le plan priorité prévention où l’on parle encore de coordonner le parcours de santé de l’enfant de 0 à 6 ans, rappelle le puériculteur.  Ainsi, des expérimentations devraient avoir lieu prochainement. On attend une première rencontre pour avoir des éléments sur ce sujet mais, en tous cas, professionnels des secteurs social, sanitaire, éducatif, on va travailler tous ensemble au service de l’enfant. Toutefois, les intéressés attendent une  traduction concrète de ces engagements. En effet, les PMI sont aujourd’hui en grande difficulté mais ne sont même pas évoquées dans le plan priorité prévention, souligne Charles Eury.

65% des IPDE évoquent des dégradations de leur qualité de vie au travail

Une enquête qui révèle une qualité de travail médiocre

En effet, malgré l’intérêt du gouvernement, le moral des puériculteurs ne semble pas être au beau fixe comme pour la plupart des professionnels de santé. L’ANPDE a présenté les résultats d’une enquête menée en avril 2018 qui en atteste. On a eu une très bonne participation avec près de 3000 répondants. Point positif, trois quarts des puériculteurs sondés sont actuellement satisfaits de leur travail. En revanche, 65% évoquent des dégradations de leur qualité de vie au travail, un chiffre qui dépasse les 70% si on se concentre sur les hospitaliers ou la PMI, d’où la nécessité de revaloriser leurs compétences. Ayant posé le cadre des réalités de terrain, il est important maintenant de les faire remonter. Il est à présent question de réaliser un livre blanc : une synthèse qui rassemblera une série de propositions envisageables afin de repenser le métier. L’idée c’est que tout ne dépende pas du conseil d’administration de l'ANPDE. Nous souhaitons faire cela avec l’ensemble des puéricultrices. Une des problématiques constatées demeure, notamment les difficultés de trouver des médecins référents en mode d’accueil ou encore les disparités territoriales, par exemple dans certaines régions des consultations de puéricultrice ont lieu en PMI alors qu’ailleurs cela n’existe pas. Pourtant, là où elles existent cela fonctionne très bien.

Il est vrai, et on a pu le voir récemment, le mot « consultation » pose problème car, pour beaucoup, il reste réservé au corps médical ce qui en soi n’est pas une vraie difficulté pour Charles Eury. Le plus important n’est pas le mot employé mais ce qu’on met derrière. Le but est de pouvoir proposer, par exemple, des prescriptions de base ou du soutien à l’allaitement. A l’heure actuelle, on ne peut même pas prescrire un tire-lait pour les mères alors que l’on a reçu une formation pour cela.

Ainsi, sur la liste de propositions concrètes, la mise en place d’actes exclusifs est souhaitée. L’intérêt n’est pas d’enlever des actes aux infirmiers mais d’en créer de nouveaux pour lesquels la formation sera nécessaire afin qu’il y ait plus de solutions pour l’accès aux soins des enfants.

Le plus important n’est pas le mot employé mais ce qu’on met derrière. Le but est de pouvoir proposer, par exemple, des prescriptions de bases ou du soutien à l’allaitement

La réingénierie en phase de finition, l’universitarisation toujours en cours

Il est vrai que la réingénierie de la formation IPDE en chantier depuis plusieurs années a subi dernièrement un coup d’accélérateur et, apparemment, les décrets sont en phase de finalisation. La dernière réunion avec la DGOS s’est déroulée le 17 mai, les référentiels d’activité et de compétences sont terminées, le référentiel de formation et l’arrêté associés ne devraient plus tarder. Il reste des arbitrages à faire notamment avec l’enseignement supérieur. Il y aura probablement de nouvelles réunions pour que tous les textes soient applicables dès la rentrée 2019.

En parallèle, une autre réforme est en cours de finalisation : celle sur l’universitarisation, qui permettra aux spécialités d’obtenir le fameux grade master avec une formation sur 4 semestres qui inclura une expertise clinique et la recherche. Le concours pour l’accès à la spécialité pourrait également être remplacé par une sélection sur dossier et un oral mais pour l’instant, il s’agit de propositions. L’ANPDE espère aussi pouvoir proposer une formation à mi-temps car garder son emploi et obtenir en parallèle son master permettra aux étudiants de se financer.

Quant à l’accès à la pratique avancée pour la spécialité, le président de l’association semble confiant Cécile Courrèges [la directrice générale de l’offre de soins (DGOS)] a annoncé que cela arriverait dans un deuxième temps. Mais il est nécessaire d’y penser dès maintenant. Pour l’instant, aucun modèle n’est arrêté. Une fois le diplôme d’état de puériculture obtenu, il pourrait y avoir une formation complémentaire, courte, pour devenir IPA vu que l’on aura déjà le niveau master.

Il ne faut pas que la logique budgétaire nuise au parcours de soins de l’enfant

Quelle évolution du métier dans l’avenir…

Ainsi, les études de puériculture vont amorcer un virage radical. Espérons néanmoins que le désamour pour les études infirmières ne durera pas. En effet, cette année on a constaté une réduction de 30% des candidats au concours d’entrée en IFSI. Toutefois, une telle désaffection n’a pas été constaté pour le concours puer. Il faudra voir l’impact quand la formation passera sur deux ans. Certains employeurs ne voudront peut-être pas la financer, et ça commence déjà à devenir difficile. Pourtant, on parle de mettre des professionnels au chevet de l’enfant. Il ne faut pas que la logique budgétaire nuise à son parcours de soins. Rappelons que la moitié des étudiants en puériculture viennent juste d’obtenir leur diplôme d’état alors que l’autre moitié passe par une formation professionnelle après quelques années d’exercice général.

Néanmoins, il est possible que les choses évoluent positivement. Le gouvernement souhaite mettre l’accent sur la prévention et le virage ambulatoire est en progression. Est-ce que, pour autant, les puéricultrices exerçant en libéral vont voir leur nombre augmenter dans les années à venir ? Pourquoi pas, pour Charles Eury, cela permettrait un meilleur accès vers un professionnel spécialisé pour les soins d’enfants dans le secteur de ville. Ce qui n’est pas négligeable, un enfant, ce n’est pas un adulte en miniature. Le plus important reste de fluidifier le parcours et aussi de désengorger les urgencesOn a souvent recours aux urgences pédiatriques. On ne peut pas dire que c’est injustifié car il n’existe pas vraiment d’alternative pour les parents.  Pour les professionnels le plus important est l’intérêt de l’enfant. Comme l’a rappelé à juste titre Lydie Gouttefarde, puéricultrice et responsable de l’ANPDE de la commission mode d’accueil, on doit à l’enfant le même respect qu’à tout autre patient.

 Je suis petit mais important, j'ai le droit d'être respecté, et mes parents aussi, dans tous les lieux où je suis accueilli, avec ou sans eux. Et j'ai le droit de ne pas avoir peur et de ne pas avoir mal quand on me soigne. Les gens qui travaillent dans ces lieux, où je reste un peu mais où je ne fais que passer, devraient savoir que j'ai un nom, que j'ai une histoire, que j'ai un avenir, que je ne suis pas un prix de journée, et que mes parents ne sont ni des visiteurs, ni des gens qui n'y connaissent rien, comme l’a écrit Janusz Korczak dans son ouvrage sur le droit de l’enfant au respect.

Note

  1. Lire puériculteurs et puéricultrices
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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com @roxane0706

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