AU COEUR DU METIER

Edito - SOS, soignants en détresse !

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Reparler de la souffrance des soignants. Une fois encore, rappeler combien la dégradation de leurs conditions de travail, à l'hôpital et sur tous les terrains d'exercice, ne cesse de croître. Souligner combien les valeurs de soin et de relation se heurtent toujours plus à des objectifs comptables, créant un hiatus très douloureux pour les soignants. Espérer un regard et une oreille attentive du côté de l'Avenue de Ségur et des solutions qui se font toujours attendre. Continuer à dire, à crier leur mal-être et battre le pavé. Espérer des jours meilleurs et les ressources qui vont avec car le besoin d'écoute et de soutien des soignants est aujourd'hui une urgence absolue, vitale.

femme souffrance

Un témoignage douloureux : "J’aime mon métier, mais la direction a réussi à briser tous mes rêves de soignante, sans aucune pitié ni morale. Bienvenue à l’hôpital !"...

Citons, en préambule, cette phrase de Herbert J. Freudenberger « l’épuisement professionnel des soignants est une maladie de l’âme en deuil de son idéal ». A quelques jours de la nouvelle mobilisation de la profession infirmière, mardi 24 janvier, à Paris, un communiqué de l'Association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) rappelle combien la souffrance des soignants est prégnante, requérant écoute et soutien pour palier l'épuisement professionnel, le délabrement psychique, les conduites parfois addictives qui en résultent… Une enquête de SPS le mettait en évidence : en 2015, près de 50 % des professionnels de santé français estimaient être ou avoir été concernés par le burnout, 14% par des conduites addictives et que 80 % des soignants souhaitaient disposer d'un centre dédié pour disposer d'aide et de ressources. Répondant à cette demande, l'association ouvrait le 28 novembre dernier une plateforme d'appel avec un numéro vert - 0805 23 23 36 – gratuit, disponible 24h/24 et 7j/7  pour accueillir cette souffrance.

A l’hôpital, « les soignants ne se retrouvent pas dans la vision comptable du soin »
Marc Loriol, sociologue

Rappelons que, dans le même temps, la stratégie nationale d'amélioration de la qualité de vie au travail de l'ensemble des professionnels de santé dévoilée en fin d'année par Marisol Touraine n'a pas convaincue les professionnels de santé : trop de beaux mots, pas suffisamment d'actes rapides et efficaces. Partout en France, en Bretagne, en Val de Loire, en Haute-Savoie, des établissements de santé connaissent des mouvements sociaux, avec toujours les mêmes plaintes et revendications : travail à flux tendu, manque de moyens salaires miséreux...  Les étudiants en soins infirmiers parfois malmenés sur leurs terrains de stage s'interrogent également à l'heure du diplôme d’État et souvent bien avant, "comment éviter un double écueil : le surinvestissement d’un côté ou, à l’inverse, la prise de distance vis-à-vis des malades pour se protéger soi-même ?" Le CEFIEC (Comité d'Entente des Formations Infirmières et Cadres) dénonce d'ailleurs dans un récent communiqué cette volonté du ministère de refuser constamment l'apport de l'expertise des professionnels de terrain de la formation et exprime ainsi ce qui est interprété par les paramédicaux comme du mépris de la part de Marisol Touraine. De fait, le CEFIEC rejoint le mouvement de mobilisation du 24 janvier prochain.

Une profession soignante en souffrance qui ne cesse de crier son mal-être à qui voudrait bien l'entendre...

L’austérité à l’hôpital : deux témoignages particulièrement explicites...

Infirmière en psychiatrie - Mes tâches s’enchainent sans répit. J’écoute, je rassure, je réponds, j’organise, j’écris, je faxe, je fais des soins, je téléphone… Tout va vite ». Trop vite ! (…) Fatiguée. Je dois encore remplir mes dossiers, organiser les soins pour demain, ranger la salle de soins. C’est 20h30 et le service est silencieux. Le téléphone sonne et la cadre m’annonce l’entrée imminente du patient que nous attendions pour 15h. J’envoie un SMS à mon mari : « je ne vais pas finir à l’heure. Ne m’attends pas pour diner. Embrasse le petit pour moi. Demain, je travaille au final. Préviens la nounou. » Et j’ai toujours la boule au ventre.

Aide-soignante - Pour résumer, on me demande d’être partout et nulle part à la fois, d’accomplir des doubles tâches au même moment. La journée se termine à 20h30 et n’a été qu’une succession de courses, de distribution, de calculs pour répartir le matériel nécessaire au bien-être des patients. Et tout cela pour 1283.80 euros nets par mois. J’aime mon métier, mais la direction a réussi à briser tous mes rêves de soignante, sans aucune pitié ni morale. Bienvenue à l’hôpital !

L'hôpital en crise, les infirmiers et les aide-soignants en colère...
lexpress.fr

L'association Soins aux professionnel de santé le souligne dans son communiqué, du 28 novembre dernier au 3 janvier 2017, la plateforme a reçu 220 appels pour une durée totale d’environ 80 heures. Près de 200 appelants différents ont été pris en charge, plusieurs ont été rappelés et suivis par les psychologues SPS, un peu plus d’une dizaine ont appelé plusieurs fois. La durée moyenne des appels est d’environ 20 minutes mais deux appels ont nécessité plus d’une heure d’entretien. Neuf appels ont été passés de nuit et dix appels les dimanches et jours fériés. Un bilan en un peu plus d’un mois de fonctionnement qui démontre bien l’importance de la mise à disposition d’une structure d’écoute, d’orientation et de soutien des professionnels de santé en souffrance. Je me sens épuisé, J’ai trop de travail, Je me sens harcelé, Je n’en peux plus, J’ai besoin d’aide, J’ai décidé de m’en sortir… Concernant le motif des appels, l’épuisement professionnel arrive en tête (un quart des appelants) suivi par les demandes orientation (près de 10%), les conflits avec la hiérarchie (8%), les dénonciations des conditions de travail et les ressentis de harcèlement (respectivement 6%). Autre élément d'importance, les appelants sont en majorité des femmes (les trois-quarts), environ 60% de salariés pour 40% de libéraux. Les professions les plus représentées sont : infirmiers, aides-soignants, médecins et pharmaciens et les départements où la demande de soutien est la plus forte : le Finistère, Paris, et le Rhône.

La réponse à une urgence et à un réel besoin d'écoute et de soutien

Au 0 805 23 23 36, Yvan, médecin, se dit épuisé. Il a l’impression de sombrer dans la dépression et n’a personne à qui en parler. Son couple bat de l’aile et il a peu d’amis. Il était soulagé d’avoir ce temps d’écoute et n’hésitera pas à rappeler.  Sandrine, infirmière, a subi, pendant plusieurs années, des pressions des cadres de son service pour faire des « jours-nuits ». Or elle a une maladie rare qui l’empêche de le faire. En fin d’entretien, elle dit être soulagée d’avoir pu parler à une tierce personne et d’avoir été entendue. Laurence, aide-soignante, travaille depuis l’âge de 17 ans, aime toujours son travail. Malheureusement, elle arrive à l’épuisement. En cause : les conditions de travail qui se sont dégradées, son travail qui perd tout son sens, l’humain qui disparaît. Elle avait besoin de parler et d’être écoutée. Anne, pharmacienne, appelle car elle se dit surchargée de travail et en difficulté financière. Très abattue, elle est en demande de conseils au niveau comptabilité et gestion de sa pharmacie. Pascal, kinésithérapeute, a fait les tests du burnout et rentre dans les critères. Il est en surcharge de travail et ne trouve pas d’associé dans son département. Il avait besoin de  vider son sac.

Mardi 24 janvier, lors de la nouvelle mobilisation de la profession infirmière, les soignants l'espèrent encore : être enfin reçus par Marisol Touraine, en personne. Le collectif d'organisation souligne en effet que la ministre des Affaires sociales et de la Santé n'a reçu aucune des organisations signataires depuis son arrivée au ministère en 2012, et a laissé aux membres de son cabinet le soin de gérer, à la marge, les demandes avec pour seul objectif de désamorcer tous les mouvements. A quelques mois des Présidentielles 2017 et du changement de Gouvernement qui en résultera, Marisol Touraine voudra-t-elle accorder un peu de temps sur celui qui lui reste à la profession infirmière ? Nous le saurons bientôt.

L’épuisement professionnel des soignants est une maladie de l’âme en deuil de son idéal.

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

Commentaires (2)

Sunylook

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1 commentaires

#2

aucune illusion

non, pas d'illusions d'aucune sorte....Miss Touraine s'en fiche royalement et ne sait que mentir quand elle affirme au journal télé que des lits de médecine n'ont pas été supprimés depuis 2012....De toutes façons ils ont décrété une fois pour toutes en haut lieu que la santé était un business, alors.....quant à l'ordre infirmier je n'y suis toujours pas inscrite et ne travaille donc plus, j'envisage une reconversion en sophrologie et je pourrai à nouveau soigner et aider mais d'une autre manière.

yves14

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30 commentaires

#1

surdité

il ne faut pas s'inquiéter, le conseil de l'ordre infirmier s'occupe de nous en nous enfonçant encore plus avec le code de déontologie. criez le dans la rue le 24 janvier et si vous n'êtes pas inscrit à l'ordre ne travaillez plus car vous êtes hors la loi.