RÉTROSPECTIVE

Retour sur 2025 pour la profession infirmière

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Publié le 30/12/2025

Loi infirmière, accès direct et primo-prescription pour les infirmiers en pratique avancée, loi sur les ratios soignants/patients... Quels événements ont rythmé l'année 2025? À l'heure où cette dernière se clôt, voici une rétrospective des évolutions que la profession attendait et qui se sont enfin concrétisées.

Adieu 2025

Adieu 2025 !

En ouvrant 2025 lors de ses vœux à la profession, Sylvaine Mazière-Tauran, alors présidente de l’Ordre national des infirmiers, avait appelé à ce que l’année soit «audacieuse» et «ambitieuse». Elle avait alors en tête la refonte du métier, annoncée en mai 2023 par le ministre de la Santé de l’époque, François Braun, qui promettait de redéfinir les missions des infirmiers au regard non seulement de l’évolution des besoins en santé mais aussi des pratiques sur le terrain. Les groupes de travail avaient alors déjà bien avancé sur le contenu de la réforme, faisant espérer un vote rapide des parlementaires. Très attendus, également, les textes pour la pratique avancée issus de la loi Rist (accès direct et primo-prescription) votée en 2023 et dont les professionnels ont besoin pour déployer pleinement leurs compétences sur le terrain. Parallèlement à ces évolutions de compétences, la profession espérait aussi des avancées sur la prise en compte de la pénibilité de son exercice: lois sur les sanctions contre les auteurs d’agression contre les soignants et sur les ratios soignants/patients promettent, si ce n’est de renforcer son attractivité, du moins d’améliorer ses conditions de travail. Alors qu’elle se clôt, voici ce que l’on peut retenir de l’année 2025.

Spécialités infirmièresLe vote de la loi infirmière redéfinit la profession et ses spécialités

En juin, le Sénat mettait un point final à des mois de travail et de concertation en adoptant, à l’unanimité, la loi sur la réforme infirmière. Un vote salué par la profession dans son ensemble, car le texte vient consacrer des évolutions et des extensions de compétences qu’elle réclamait depuis longtemps : diagnostic infirmier, consultation infirmière, soins relationnels, mission d’orientation, accès direct… De quoi offrir une meilleure reconnaissance du rôle des infirmiers dans le système de santé – la loi ouvre également la porte à des discussions sur les rémunérations. Elle acte également de fortes avancées pour les spécialités et pour plusieurs autres modes d’exercice, à commencer par les infirmiers scolaires, qui accèderont au rang de spécialité.

Les infirmiers anesthésistes (IADE), de bloc opératoire (IBODE) et puériculteurs (IPDE), eux, verront leur pratique s’inscrire en pratique avancée, une reconnaissance statutaire qui, pour les derniers embarquent une réingénierie de leur formation. Reste désormais à la profession dans son ensemble à s’emparer de cette loi pour qu’elle s’applique réellement sur le terrain. Le décret vient d'être publié, à la grande satisfaction des professionnels. L'arrêté sur les actes et soins infirmiers devrait suivre prochainement, de même que celui relatif aux prescriptions des produits de santé et des examens complémentaires.

Les textes qui élargissent l’exercice en pratique avancée 

Nouvelles missions pour les IDEL

Pour les infirmiers en pratique avancée (IPA), cette dernière étape a enfin été franchie au premier semestre 2025. L’année s’est ouverte avec la parution au Journal officiel du décret sur l’accès direct, qui permet aux patients de consulter un IPA directement sans passer au préalable devant un médecin. L’arrêté relatif à la liste des primo-prescriptions, essentiel justement dans le cadre de l’accès direct, a mis plus de temps à paraître. En cause : un certain nombre de modifications et de précisions qui étaient demandées par le législateur. Fin avril, le texte est paru à son tour dans le Journal officiel. Il venait consacrer «une réalité déjà bien ancrée sur le terrain : les IPA, formés à un haut niveau clinique, sont en mesure d’initier des prescriptions en toute sécurité, dans le cadre d’un exercice coordonné par un médecin», s’est alors réjoui l’Union nationale des IPA (UNIPA).

L’ouverture des négociations conventionnelles pour les IDEL

Négociations des IDELElles étaient espérées depuis des mois, et pour cause ; les tarifs appliqués aux actes des infirmiers libéraux n’ont pas évolué depuis 2009, même en cas d’inflation. Les négociations conventionnelles se sont ouvertes en juillet 2025, avec une lettre de cadrage promettant notamment de prendre en compte les nouvelles compétences et responsabilités données aux infirmiers, dont l’accès direct dans le traitement des plaies et la participation à la permanence des soins. Le document se voulait d’ailleurs ambitieux, embarquant une refonte de la liste des soins et spécifiant qu’un volet serait entièrement dédié à l’exercice IPA en ville, qui ne parvient pas à se déployer en raison d’un modèle économique jugé peu, voire pas, viable. Depuis leur lancement, la loi infirmière a été votée, construisant l’exercice infirmier sur une liste de missions et non plus sur un décret d’actes et supposant donc de revoir le mode de rémunération de ces professionnels libéraux. En cours à la fin de l’année, ces négociations conventionnelles se poursuivront au mois de janvier 2026.

Une loi pour instaurer des ratios soignant/patients

Ratio soignants/Patients

Adoptée par le Sénat en novembre 2022, la loi demandant d’établir des ratios entre soignants et patients aura mis plus d’un an avant d’être présentée aux députés. Mais fin janvier 2025, l’Assemblée nationale s’est montrée favorable au texte, confiant à la Haute autorité de santé la mission de définir ces ratios en fonction de chaque spécialité. L’objectif de cette mesure est double : assurer une meilleure sécurité des soins et renforcer l’attractivité du métier infirmier, soumis à des charges en soin jugées trop importantes. Cette loi envoie «un message fort», a réagi dans la foulée le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), qui militait depuis longtemps pour qu’un tel texte encadre l’exercice hospitalier. Il faudra toutefois attendre encore plusieurs années avant que ces ratios – qui seront qualitatifs et a priori non contraignants – ne soient mis en place. La HAS ne devrait en effet se prononcer que dans le courant de l’année 2027 ; et la mise en application de ses recommandations dans les services ne s’effectuera alors que progressivement.

Respect des soignantsLe renforcement des sanctions pour les auteurs de violences contre les soignants

En juin 2025, les députés ont voté une loi renforçant les sanctions à l’encontre des auteurs de violences contre les soignants : jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende selon les cas. Elle facilite également le dépôt de plainte en autorisation l’établissement à le faire à la place de l’agent victime. Elle s’inscrit dans le plan plus général de lutte contre ce phénomène présenté en septembre 2023 par Agnès Firmin-Le Bodo, quand elle était ministre chargée des Professions de santé. Il faut dire que, pour les professionnels concernés, le contexte appelait une réponse forte des pouvoirs publics. Selon le dernier rapport de l’Observatoire national des violences en santé, paru en septembre 2025, infirmiers et aides-soignants représentent à eux seuls 90% des professionnels de santé victimes de violences.

L’enquête qui révèle une dégradation de l’état de santé des étudiants 

Dégradation de la santé des étudiants infirmiers

Les résultats, bien que peu surprenants, ne sont guère réjouissants. Trois ans après l’édition précédente, l’enquête « Bien-être » de la Fédération nationale des étudiants en sciences infirmières (FNESI) démontre une dégradation de la santé des ESI, tant mentale que physique. En cause, des stages maltraitants et la précarité financière qui en force certains à travailler en plus de leurs études, pourtant déjà très denses. Et les conséquences : des comportements à risque et des abandons de parcours, alors que, paradoxalement, la profession nécessite du sang neuf pour faire aux besoins croissants en soin sur l’ensemble du territoire. «Tel qu’il est aujourd’hui, le système de formation sacrifie des étudiant·e·s. Il ne répond pas aux besoins du système de santé qui est pourtant confronté à une détresse majeure vis-à-vis du déclin démographique des professionnel·le·s de santé», s’alarmait la FNESI en conclusion. Réforme de la formation et universitarisation portent en elles des germes de solutions aux problématiques les plus critiques.

IBODE : les textes relatifs aux mesures transitoires

Lui était moins attendu que craint. L’arrêté fixant le contenu et les modalités de la formation complémentaire que doivent suivre les infirmiers en soins généraux en mesures transitoires a été publié le 21 janvier 2025. Il a immédiatement suscité la colère des représentants des infirmiers de bloc opératoires (IBODE), dont beaucoup s’inquiètent de voir brader leur spécialité. Avec ses 21 heures de formation théorique à destination des infirmiers qui n’ont pas bénéficié des premières mesures transitoires de 2019 ciblant les 3 actes exclusifs (aide à l’exposition, à l’hémostase et à l’aspiration au cours d’une intervention chirurgicale), elle est en effet loin de se comparer aux deux années d’étude du nouveau Master IBODE. Seul espoir pour la spécialité : un contrat d’engagement, imposé aux établissements. S’il ne prévoit pas de sanctions pour ceux qui n’enverraient pas leurs infirmiers en formation, au moins permettra-t-il d’identifier ceux qui abuseraient du dispositif, veulent croire les plus optimistes.

Audrey Parvais (dessins de Naama)

Source : infirmiers.com